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Salut Champions…

07 juin
Laurent Moisset raconte
Disparaître du paysage de la Lidl Starligue ne veut pas dire que l’on est voué à l’oubli. Nos jeunes retraités auront tellement compté dans le paysage…

Thierry Omeyer a pris toute la couverture et il est sûr que les chapitres de ses exploits pèseront pour l’éternité dans la riche histoire du handball français. Mais au-delà du conformisme des hommages rendus à l’heure de la retraite, de l’interminable liste de ses conquêtes (59 trophées ! un record évidemment) le fonctionnement du personnage pointe le chemin et le destin du champion. Sa vie de sportif n’était qu’un jeu dont on se délectait. Quand on l’interrogeait au terme d’un match, on s’amusait à flatter son égo.

« Combien d’arrêts ce soir, titi ? »

« 16. » Que ce soit en amical ou en match officiel, la même question s’exposait à la même réponse juste. Parfois, par jeu et par provocation, il essayait de gratter un arrêt supplémentaire avant d’exploser de rire. De la même manière, quand son climat personnel s’encombrait de quelques nuages au-dessus de sa performance, il invoquait, avec mauvaise foi bien sûr, les oublis de sa défense. Thierry Omeyer ne voulait jamais être mauvais et il gardait d’ailleurs le même aplomb lors des petits matches de foot -son pêché mignon- quand on lui rappelait qu’il avait manqué un dribble ou un tir.

Une autre histoire à écrire

Au foot aussi il se disait le meilleur. Là aussi il voulait être le meilleur. Cette foi, cette déraison parfois en ont un fait un champion hors normes. Elles façonnent déjà son avenir, engagé dans le cursus de formation de l’école de Limoges mais également dans une reconversion au PSG. « Il est déjà à fond depuis de longs mois, sourit Bruno Martini. Et là encore, il n’y a aucun doute sur son implication, sa passion et sa réussite. »

En fait, Thierry Omeyer, retiré des parquets, ne s’en va pas bien loin, convaincu qu’une autre histoire est à écrire sans avoir à se reposer dans la forêt de lauriers qui l’entoure désormais. Il n’est pas le seul cette année à compter les derniers pas qui dirigent vers une nouvelle vie. Arnaud Siffert, 40 ans, 20 en première division, de Massy à Paris en passant par Dunkerque, Montpellier et Nantes sait combien le jeu et la compétition vont lui manquer même si les derniers mois ont été difficiles, destructeurs d’énergie au point qu’après un si long parcours il éprouve le besoin « de prendre du recul ». Ce n’est, évidemment pas le meilleur moment de sa vie quand les souvenirs soufflent une brise de nostalgie à l’heure d’aller affronter un nouveau défi. C’est un moment d’interrogation, celui où l’on perd ses repères et ses habitudes mais Arnaud a, plus d’une fois cette saison, laissé entrevoir sa lassitude.

« C’est un mélange de sentiments. Il existe une forme de soulagement quand tu sens venir la fin mais, également, une certaine inquiétude quant à savoir quel sens tu vas, dorénavant, donner à ta vie. » Le gardien nantais est face à la dure réalité, celle de se reconstruire dans un champ de compétences nouveau. Thierry Anti, l’entraîneur de Nantes depuis dix ans, en activité depuis 1988 et ses débuts à Créteil en est là également quand l’arrêt a été brutal en Loire-Atlantique. Mais à 60 ans, passion tous poils dehors, il parle de se réinventer. Doyen des entraîneurs français, patron du syndicat des entraîneurs, stratège hors pair, agitateur d’idées, on ne peut surtout pas passer sous silence l’étendue de son action depuis près de quarante ans. Son avenir s’inscrit (momentanément ?) en dehors de nos frontières où quelques sirènes étrangères lui ont signifié beaucoup d’intérêt.

Moment-charnière, bouleversement déstabilisateur

Tous vivent un moment-charnière, un bouleversement un peu déstabilisateur quand les événements les sortent de leur ronron habituel. Benoit Doré, l’ailier breton de Cesson, l’a anticipé en menant tout au long de sa carrière diverses formations en vue de sa reconversion. Il rêvait, après tant d’années de sacrifices, de laisser son club en Lidl Starligue mais la dernière campagne qui a ressemblé à une véritable Bérésina a fini de l’accabler. Le temps, les faits de jeu ont brisé ses derniers ressorts. Il l’avoue sans détour aujourd’hui : « Vous me verrez plus facilement en forêt sur un vélo que dans une salle de handball. » Conducteur de travaux, il bâtira dès cet été une autre vie.

Théo Derot, l’enfant d’Istres, a relevé cet ultime défi sur une dernière victoire et quatre buts face à Ivry. Il n’est pas courant qu’un joueur de 27 ans rende son tablier si tôt mais l’arrière provençal, confronté à la maladie a pu, depuis deux ans, mesurer la puissance de la vie. Il quitte le milieu heureux et plein de projets, d’énergie pour se lancer dans les métiers de l’aéronautique. L’amertume, les regrets, la nostalgie, le sentiment d’injustice n’accompagneront jamais le long parcours qui lui reste à suivre.

Guillaume Joli, la pépite rhodanienne, rentrera au pays afin de s’occuper des jeunes, le hand toujours accroché à la peau. Equipier modèle, international comblé (118 sélections, champion d’Europe, du Monde et Olympique) il a, comme tous ses collègues désormais retraités, contribué au développement et à la reconnaissance de la Lidl Starligue. Qu’on ne l’oublie jamais…

L.M.
Crédit photos S.Pillaud

LNH
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