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Gardien de but au handball : le poste va-t-il encore évoluer ?

02 juil.
Laurent Moisset raconte
Leur rôle a tellement changé depuis vingt ans que les gardiens de but ont dû se réinventer. Au point qu’aujourd’hui, ils ne sont plus des marginaux, ni des joueurs à part.

La dernière parade de Thierry Omeyer a pris toute la place, occupé toutes les attentions d’un public qui l’a statufié dans toutes les salles où il est passé. Evidemment, l’ancien de Sélestat a largement contribué, ces vingt dernières années, à anoblir le rôle de gardien de but. Il aura, surtout, été capable de s’adapter aux évolutions de son poste, de bonifier ses acquis et de développer de nouvelles ressources. Le jeune retraité n’est pourtant pas un cas à part. Ses collègues de Lidl Starligue ont, eux aussi, dû beaucoup s’investir avec l’accélération du jeu, le changement de certaines règles, les stratégies de jeu.

Un tour du propriétaire s’impose avec Patrice Annonay, 40 ans et doyen du prochain exercice, né dans la cage angevine à l’aube du nouveau siècle.

Une nouvelle dimension physique

Fini le temps des cadences pépères où la parade était la mission principale du gardien. Plus question, par exemple, d’aller ramasser tranquillement le ballon dans les filets. Avec l’intensification du jeu rapide, on fait, désormais, appel à la réactivité, à la vitesse. De la même manière avec la possibilité, désormais, d’évoluer à sept joueurs de champ, le gardien doit monter son niveau de concentration et son investissement physique a passé plusieurs crans.

« On le ressent clairement dans nos préparations, sourit Patrice Annonay. Chaque avant-saison, nous suivons le même programme foncier que les joueurs de champ. La nouveauté c’est que nous sommes astreints à d’autres exercices. Des 10-10, 10-20, par exemple, afin de travailler la vitesse et la vivacité. C’est incontournable puisqu’au cours d’un match, on peut estimer entre cinq et dix fois nos sorties afin de jouer en supériorité numérique, ou d’en combler une. Cela nécessite que l’on soit très pointu au niveau physique. Vous pouvez d’ailleurs remarquer, ces dernières années, la transformation physique de beaucoup de gardiens. J’aime bien prendre l’exemple de Vincent Gérard. Il est plus fin et dans son jeu beaucoup plus rapide encore. »

Vincent Gérard, ici au tir,  lors de la 2ème journée de Lidl Starligue

Un travail technique différent

Maintenant, le gardien tient de plus en plus souvent le ballon et il peut même constituer une arme offensive avec la règle à sept joueurs de champ. Il se soumet donc à des ajustements techniques spécifiques. Ses séances d’entraînements se terminent souvent par la prise du ballon et des séries de tirs longue distance. On y travaille la puissance et la précision, un exercice totalement indépendant de la relance proprement dite. « Que les gardiens marquent, explique le Tremblaysien, n’est plus une incongruité ou un fait anodin. Cela doit maintenant faire également partie de sa panoplie. »

Pour illustrer l’évolution du rôle, on notera que le Nîmois Rémi Desbonnet a inscrit huit buts cette saison, Vincent Gérard le Montpélliérain cinq, Yann Genty le Chambérien et Samir Bellahcene le Dunkerquois quatre.

Le Nîmois Rémi Desbonnet termine

Une adversité plus puissante, plus performante

Le handball ne grandit pas seulement dans la dimension stratégique, les progrès se remarquent surtout dans la morphologie de ses joueurs. Grands, costauds, puissants, les codes ont changé tout en augmentant leurs capacités puisque leur préparation est beaucoup plus ciblée et sophistiquée. « Là où l’on aurait pu croire, reprend Annonay, qu’ils perdraient en motricité et en rapidité d’exécution, on a vite déchanté. Pour ne parler que des arrières, on leur demande d’aller aussi vite que les ailiers, d’avoir l’œil du demi-centre et de profiter de leur force pour faire de bons défenseurs. Pour les gardiens ça se complique tous les jours parce qu’ils tirent plus fort mais leur vitesse de frappe est impressionnante et leurs capacités de jump nettement réévaluées. Ce sont des données que nous devons intégrer dans la préparation de nos matches afin d’être les plus performants possible. Pour résumer on se doit d’évoluer avec les tireurs. » 

Au soutien de leur action, la vidéo reste un atout primordial. « Quand j’ai débuté à Angers au début des années 2000, on nous délivrait des matches dans leur entier. Aujourd’hui, avec le développement des technologies, on décortique, donc c’est plus précis. Sauf que, et vous l’avez constaté, avec toutes les données à intégrer et à décortiquer -le jeu mais aussi les joueurs- notre rôle s’est considérablement élargi. »

« Il faut reconnaître que le gardien n’est plus un joueur à part. Il est complet, aujourd’hui, tant il lui a fallu s’intéresser à tous les aspects du jeu et non plus exclusivement à arrêter un ballon. »

Reste-t-il finalement de la place pour le flair et l’instinct du gardien ? « Heureusement, oui, assure Patrice Annonay. Regardez des gardiens comme Genty, Desbonnet, Bellahcene, ils sont atypiques avec un style bien à eux et c’est bien que demeure une place pour l’inspiration. C’est un jeu et il y a encore des événements non maîtrisés dans un match. » Il n’empêche que la fonction du gardien a pris une autre dimension. Autant il était isolé auparavant, autant il devient un maillon indétachable du jeu à sept. « Il faut reconnaître que le gardien n’est plus un joueur à part. Il est complet, aujourd’hui, tant il lui a fallu s’intéresser à tous les aspects du jeu et non plus exclusivement à arrêter un ballon. »

Mais s’il suit, effectivement, le même cursus que ses partenaires du champ, sa formation spécifique n’a pas connu le même succès. Alors que l’on continue de parler de l’école yougoslave ou scandinave, la formation à la française n’a toujours pas trouvé sa place. « Il n’existe pas, aujourd’hui, de formation spécifique des gardiens, ajoute le joueur de Tremblay. De la même manière, dans nos clubs, il n’y a pas partout encore un encadrement dédié au gardien. Vu la place et l’importance qu’il occupe dans le paysage, c’est un manque évidemment. C’est un sujet que nous évoquons régulièrement entre spécialistes et un projet sur lequel j’aimerais bien travailler dans les années qui viennent. »

Et paradoxalement, nos gardiens n’ont probablement jamais été aussi performants que la saison qui vient de s’écouler puisque quinze d’entre eux ont émargé à plus de 30% d’arrêts !

L.M
Crédits photos A.Bréard / Perez / USAM

LNH
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