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Elohim Prandi, une affaire de famille

16 juil.
Laurent Moisset raconte
Ses parents ont été d’illustres et d’atypiques acteurs du jeu. Le fils, aujourd'hui nîmois mais programmé au PSG dans un an, a de qui tenir.

Dans le monde du handball le sujet des « fils de… » est récurent, remis au goût du jour dès qu’un Quentin Mahé, un Nedim Remili ou un Melvyn Richardson vient se planter sous les feux de l’actualité. Dans cette série sans fin, le cas d’Elohim Prandi suscite davantage de curiosité encore quand son père, Raoul, et sa mère, Mezuela Servier, incontournables personnalités de la discipline dans les années 1990, tous deux internationaux, tracent un destin hors du commun.

 Daniel Costantini dresse d’ailleurs avec une certaine nostalgie le portrait d’un joueur « qui m’avait donné, à l’époque, beaucoup d’espérances. » « Je me souviens d’un match de préparation aux J.O d’Atlanta en 1996 au Mans contre la grande Russie. Il avait mis onze buts. Il était un de ces joueurs, rares, qui n’avait pas besoin des autres alors que ses partenaires comptaient sur ses buts et son impact. Je l’ai emmené à Atlanta mais je comptais surtout sur lui pour l’après Barjots afin de reconstruire. Seulement, Raoul était imprévisible. Le plus souvent isolé dans le groupe et j’avoue que cela avait dû être difficile pour lui avec des barjots vieillissants. Il était décalé et j’avais toujours peur qu’il me dise un jour je pars dans le Larzac élever des chèvres. Je n’ai pas été étonné, dès lors, qu’il refuse la sélection. » Il a 26 ans et n’affiche que 37 capes à son compteur.

Mezuela Servier, sa compagne, est dans le même temps la locomotive du handball français féminin. Première joueuse du pays à partir en Allemagne (Lutzellinden) où elle sera Championne. La première encore à quitter les Bleues pour cause de grossesse mais la première, toujours, à y revenir à l’aube des années 2000. Le couple est atypique, leurs prises de position parfois déconcertantes. Raoul se lancera dans les travaux manuels mais dira plus tard avec beaucoup de franchise : « Je connais peu de personnes qui ont si mal négocié leur carrière sportive que moi. »  Mezuela, tout aussi rebelle et anti conformiste, défendra sans relâche une certaine idée du sport au féminin : « On a le devoir d’inventer un jeu moins dur, moins violent que celui des garçons, un jeu fondé sur le dynamisme et la grâce. »

« Ni Servier, ni Prandi, c’est Elohim que tu vas construire. »

Il y a au fond d’eux cette idée que la vie s’anime dans la liberté de choix, d’expression, qu’elle ne s’engage pas dans la seule voie de la raison, de la routine et de l’immobilisme. « Oui, c’est vrai, avoue Mezuela, nous étions un peu décalés. » Le petit Elohim ne gaspillera pas le précieux héritage. « Elohim est entier. Il a du caractère. » Il ressent comme un besoin la chaleur d’un environnement et sa mère y veillera toujours. « La clé c’est l’entourage, sourit-elle. Mon expérience, celle de la vie aussi, a évidemment guidé les premiers choix. Il n’a pas débuté par hasard à Torcy où l’on forme des joueurs mais aussi des hommes. Il n’y avait aucune fatalité à ce qu’il rejoigne ensuite Ivry, le club où Raoul a longtemps évolué. Avec Daniel Hager, formateur hors pair mais surtout homme de valeurs, Elohim se retrouvait dans le meilleur cadre possible. Daniel a énormément compté dans l’évolution d’Elohim.»

L’avantage pour le gamin reste l’expérience de la maman et sa connaissance du milieu capable, alors, d’orienter dans le bon sens les premiers pas du prometteur élève. Et puis, très tôt, ces mots qui frappent à la porte de sa conscience. « C’est peut-être plus difficile d’envisager une carrière pour les fils de… Il y a, quelque part, le poids du passé des aînés, des parents à balayer. J’ai beaucoup insisté là-dessus. « Ni Servier, ni Prandi, c’est Elohim que tu vas construire », lui ai-je souvent répété. » Comme dans un manège enchanté, l’apprenti handballeur va survoler tous les caps, s’affranchir dans toutes les sélections nationales de jeunes, et débuter parmi l’élite à 17 ans à l’US Ivry avant de rejoindre Nîmes et d’y imposer sa griffe dans un rôle majeur tout au long de la saison dernière.

Tel père, tel fils…

Denis Lathoud, l’ancien meneur de jeu des Barjots, ne cache pas que le bond dans le passé lui rappelle le souvenir de Raoul. « Elohim a le même gabarit, la même explosivité que son père. Il y a également la même impression de puissance à l’impact. Ils se ressemblent énormément même si le fiston a plus de jump. » Daniel Costantini convient du même constat tout en ajoutant : « Le père n’avait pas de limites, le fils entre dans cette même catégorie. C’est tellement facile, naturel pour eux de sauter, de tirer. » Le potentiel n’a échappé à personne et surtout pas au PSG qui l’a déjà fait signer (3 ans) à partir de la saison 2020-2021. Progression XXL, changement de statut, à 21 ans, l’arrière nîmois suit le même chemin que Nedim Remili devenu très rapidement une pièce maitresse à Paris. Il représente, évidemment, l’avenir des Bleus à un poste d’arrière gauche où les solutions manquent au sélectionneur, Didier Dinart mais si l’on en croit Mezuela, sa mère, personne, dans la famille n’évoque une forme d’aboutissement.

« Il n’a pas encore cessé de progresser. Il a fait le choix de Paris afin d’y développer toutes ses capacités au milieu de joueurs très expérimentés. » Elohim Prandi a, au fond de lui, ce supplément de personnalité, une autre clé d’accès indispensable à la réussite. Cette foi, cette détermination qui ont, également, accompagné ses parents dès qu’ils entraient sur le parquet. La transmission a été bien faite et réussie. « J’ai essayé, sourit Mezuela, de lui montrer le fonctionnement, les mécanismes du handball. Il a toujours été à l’écoute et il reste dans cette même démarche aujourd’hui. Il n’oublie pas son âge, comment il doit encore se transformer pour devenir un joueur plus complet. Il y a chez lui parfois de l’excitation, de l’impatience aussi mais il a compris que son épanouissement passera par la rigueur, le travail et l’engagement. »

Et jusque-là, il a tout fait (bien) pour perpétuer la belle histoire familiale et une certaine idée du jeu…

L.M
Crédit Photos S.Pillaud/Sportissimo

LNH
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