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Qui est Guðjón Valur Sigurðsson ?

04 sept.
Laurent Moisset raconte
Légende d’Islande, le nouvel ailier du PSG et doyen des joueurs de champ, est une personnalité marquante du handball.

Guðjón Valur Sigurðsson, partenaire particulier.

L’âge enfonce le clou des habitudes et n’est-ce pas, finalement, ce combat contre la routine qui fait de Gudjon Valur Sigurdsson un cas si particulier et une exception dans le monde du handball ? A quarante ans (depuis aout passé) la logique aurait voulu qu’il se la coule douce en brûlant ses derniers feux auprès d’une Bundesliga où il garde valeur d’exemple. Mais la quarantaine est toujours rugissante dans l’esprit de l’ailier islandais ; elle est aussi pétillante qu’à ses vingt ans quand il vint se loger à Essen pour sa première expérience allemande. Le C.V du phénomène est éloquent. Essen, Gummersbach, Rhein Neckar Lowen, Copenhague, Kiel, Barcelone et, maintenant, Paris Saint-Germain. Les chiffres encore plus parlants avec 338 sélections en équipe d’Islande et 1 777 buts au compteur.

Pas une opportunité financière, seulement un appétit de jeu

Pourtant il a toujours refusé de se reposer sur le confortable matelas des statistiques, de considérer que l’âge imposait une date limite de consommation. Cette âme de junior l’a naturellement conduit à ne jamais renoncer, à croire, au contraire, qu’aucune frontière n’était infranchissable, aucun défi impossible. Kiel, Barcelone, les champions d’Europe, mais, également, Copenhague qui rêvait d’être le PSG avant le PSG et un dépôt de bilan. Son parcours est étonnant, sa longévité exceptionnelle, son état d’esprit, sa mentalité déconcertants quand l’appétit du jeu domine tout intérêt personnel. C’est, d’ailleurs, toute l’histoire de sa venue à Paris. Il a d’abord passé un coup de fil à Nikola Karabatic avec qui il a joué à Kiel puis son agent a fait acte de candidature auprès de Bruno Martini, le manager général. Une démarche d’autant plus rare qu’elle ne s’accompagnait d’aucune exigence financière.

« Je sais que j’ai 40 ans mais j’ai toujours envie d’être le meilleur joueur possible. »

Bruno Martini n’a pas oublié, en janvier dernier, cette première rencontre avec celui que l’on surnomme Goggi. « Il m’a exposé sa motivation. Son envie, déjà, d’évoluer aux côtés de Nikola Karabatic, de Mikkel Hansen qu’il a fréquenté à une autre époque. Il m’a parlé du PSG, de son désir de participer au projet, de la qualité du handball français. Et puis il m’a dit : « Je sais que j’ai 40 ans mais j’ai toujours envie d’être le meilleur joueur possible. Ce n’est pas une question d’argent, c’est seulement le jeu et l’ambition de gagner la Ligue des Champions avec des joueurs que j’apprécie qui m’attirent. » Direct, franc, droit, le bonhomme et le discours ont été un régal. Et puis, Goggi avait le profil avec le départ de Uwe Gensheimer pour encadrer nos jeunes sur ce poste d’ailier gauche. On n’a pas hésité longtemps et, effectivement, il n’y a pas eu de négociation financière. »

Un phénomène de longévité

Les doutes entourant son âge se sont vite dissipés et sa nouvelle direction a, rapidement, été rassurée sur ses capacités. « Dès les premiers tests physiques pendant la préparation, le docteur m’a appelé pour me faire part de son étonnement, remarque Martini. Il m’a dit qu’il performait comme un joueur de 30 ans. C’est incroyable. » Ceux qui ont côtoyé l’International islandais ne sont pas davantage surpris. Patrick Cazal, l’entraîneur de Dunkerque, l’a vu débarquer en 2001 à Essen et il garde un souvenir très précis. « Au-delà du personnage qui m’a épaté par ses qualités humaines, ses capacités d’attention et d’écoute, je me souviens d’un énorme travailleur. Il n’en avait jamais assez. Après les entraînements, il continuait de jouer avec son ballon contre les quatre murs de la salle seul. Lui, on n’avait pas besoin de lui demander de faire du rab. » Thierry Omeyer, à Kiel, a mesuré toute l’intensité que mettait Sigurdsson dans son travail.

« Il rajoutait à son programme beaucoup de séances individuelles. Que ce soit en musculation ou avec le ballon. Il a une exigence incroyable. C’est son moteur pour continuer à rester au top de son activité. »

Samedi dernier à Limoges devant 4700 spectateurs, l'ailier gauche parisien a remporté son premier Trophée avec le PSG.

Il n’est pas qu’un bourreau de travail car il a été capable, tout au long de sa carrière, de garder cette étincelle qui, si souvent, lui a permis de faire des différences. « Il a une vitesse naturelle, reprend Omeyer, mais, surtout, cette capacité à anticiper qui lui donne un temps d’avance en contre-attaque. Ce feeling, ce sens du jeu le rendent doublement dangereux. »

Il a, enfin, cette curiosité naturelle qui détermine à la fois ses choix et évite les phénomènes d’endormissement. Comme à ses vingt ans, il garde cette envie de la découverte et de l’apprentissage. « Oui, confirme Omeyer, il est ouvert, soucieux de connaître de nouvelles méthodes de travail. » « Une carrière sans jouer en France aurait été un manque, dit-il lui-même. C’est un pays qui gagne et j’ai hâte de voir comment fonctionnent, par exemple, les centres de formation. Outre la qualité et l’épaisseur du Championnat, on sent qu’il y a beaucoup d’efforts et de maîtrise derrière tout ça. » Si l’on imagine que Gudjon Sigurdsson vient donc soigner ses connaissances en vue d’une reconversion, on se trompe pourtant. « Quand on a discuté, conclut Bruno Martini, il m’a demandé s’il y avait une opportunité de prolonger sur la saison suivante. Je lui ai répondu que je ne pouvais rien lui promettre. »

Mais on est sûr, déjà, que c’est sur le terrain qu’il ira chercher ce nouveau défi…

L.M
Crédit photos Tom Armagnac

LNH
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