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Jérôme Fernandez avance toujours

30 sept.
Laurent Moisset raconte
Après les tâtonnements d’usage, l’entraîneur aixois s’est parfaitement accaparé sa nouvelle fonction.

La carrière a été longue et riche. Au bilan elle laisse la trace de 390 sélections en bleu, d’un record de buts inscrits (1463) sous la scintillante tunique, d’un palmarès enrichi de deux couronnes olympiques, de quatre titres mondiaux et de trois trophées européens. Elle restaure l’image d’un champion accompli, épanoui mais, surtout, d’un homme sincère qui, jamais, n’a hésité à faire part de ses émotions et de ses sentiments.

« Je sentais que je n’étais plus à la hauteur. J’étais prêt à poser ma démission. »

Jérôme Fernandez n’a, en effet, pas connu que des pics de joie. Parfois, il a plongé dans des abîmes d’incertitudes comme lors de cette première demi-finale du mondial 2001 contre l’Egypte où son inexplicable inefficacité obligea Daniel Costantini, son sélectionneur, à lui mettre le couteau sous la gorge. « Ce jour-là, se souvient-il, j’ai bien cru que ma carrière internationale allait prendre fin. Allez savoir, en tous cas, le rappel à l’ordre m’a secoué et je n’étais plus le même joueur en deuxième période. » Il volait soudainement assurant la qualification de son équipe au bout d’un match engagé  et indécis. Faut-il parler d’états d’âme ? Ceux qui l’ont pourchassé en cette fin d’année 2017 après une double élimination en Coupe de France et de la Ligue au point d’envisager une sortie sans gloire.

« Je sentais que je n’étais plus à la hauteur, confie-t-il, et j’étais prêt à poser ma démission. On a organisé une réunion avec les joueurs et le staff au cours de laquelle j’ai avoué que je ne savais pas tout, que j’étais un jeune entraîneur et que j’avais besoin de tous les soutiens. Deux jours plus tard, on a fait match nul au Parnasse contre Nîmes et je suis reparti. »

Joueur ou entraîneur -il ne l’est à plein temps que depuis août 2017- sa carrière s’est faite sur la durée. Son engagement, au début, prêtait le flanc à la critique. On le trouvait immature, irrégulier, naïf et un poil fataliste. Il s’est construit avec le temps, passant d’un rôle de dynamiteur à celui de l’équipier modèle quand, pour les besoins de la cause, il occupe le poste d’arrière droit. Capitaine des Bleus et encore sauveur en finale du Mondial 2015 quand son entrée en deuxième période face au Qatar est décisive dans l’obtention du titre. Le joueur idéal et indispensable. Le profil est le même depuis qu’il dirige le projet aixois…

Sur la pointe des pieds au départ avant de lever la tête, aujourd’hui, quand son club s’honore, après quatre journées, d’être le dauphin de Paris. Dans ce cas précis, Jérôme Fernandez a dû franchir des étapes, probablement se tromper aussi, quand la nouvelle activité n’autorise aucun répit. « J’ai été entraîneur-joueur deux saisons et, dans le même temps, je gérais les dossiers pour obtenir mon diplôme. C’était très accaparant et usant mais le passage était obligé. » Décourageant, pourtant, alors qu’il avait pointé les J.O de Rio comme un ultime rendez-vous dans sa carrière de joueur mais sans lendemain puisque Claude Onesta décida de ne pas le convoquer. La trace n’est toujours pas effacée, seule ombre dans un parcours si brillant.

« Je me voyais bien dans la peau du 15e homme à Rio. Comme William Accambray quatre ans auparavant à Londres. J’en ai beaucoup souffert au niveau humain. J’estime toujours aujourd’hui, à tort ou à raison, que je méritais une autre considération après tant d’années au service de l’équipe de France. » On ne se remet pas facilement d’une telle déception et Jérôme Fernandez moins encore que les autres puisqu’il a toujours fondé ses convictions sur l’amitié et le respect. Ces fichus états d’âme ont pesé, probablement quelques mois, sur son engagement mais la passion a repris le dessus et la raison, aussi, quand il a senti autour de lui soutien et solidarité.

Jérôme (à gauche) et son adjoint Edu Fernandez (au centre)

« Edu, il voit comme moi, c’est la confiance totale. »

« Je ne dirais jamais assez combien mes dirigeants m’ont aidé. Leur confiance pour faire avancer le projet a été un moteur, un facteur déterminant. » Avec son Arena, un budget en constante progression -le 4e de la Lidll Starligue- Aix se structure et grandit vite. A l’image de son entraîneur en prise directe avec sa nouvelle fonction et conscient qu’il n’y arrivera pas seul.

« On s’est concerté avec les dirigeants l’hiver dernier et j’étais le premier conscient d’avoir besoin d’un adjoint après plus d’un an seul. Edu, je l’ai choisi et il a fait son trou depuis. Il m’a renforcé dans mes choix. Il apporte de nouvelles idées. Il a une exigence supplémentaire. On avait déjà une défense solide avant son arrivée, elle est plus forte aujourd’hui. Et puis, j’avais besoin de quelqu’un qui voit les choses comme moi. C’est la confiance totale. Cette concertation, l’apport d’Edu marquent évidemment une évolution dans notre jeu et nos objectifs. »

Comme il était joueur, Jérôme Fernandez l’entraîneur partage conscient toujours que l’équilibre trouvé en ce début de saison n’est qu’une première marche. « On a fixé nos recherches à l’intersaison sur l’expérience et la maîtrise. Nicolas Claire et, bientôt, Vid Kavticnik vont nous l’apporter. On travaille beaucoup sur notre centre de formation. On continue de se développer. »

Jérôme Fernandez, quant à lui, suit le même processus. Avec l’insolente réussite du joueur qu’il était, c’est-à-dire vrai, sincère et tellement passionné.

L.M.
Crédit photos S.Pillaud

L'Arena du Pays d'Aix peut accueillir jusqu'à 6000 spectateurs.
LNH
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