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Andrei Lavrov, bénévole de luxe à Strasbourg

08 nov.
Laurent Moisset raconte
La charismatique gardien russe donne un coup de main à Strasbourg, club de Proligue. Par passion et amour du jeu…

On revient toujours vers ses premiers amours. C’est donc à dessein qu’Andrei Lavrov a pris la route jusqu’au gymnase des Malteries à Schiltigheim en cette chaude soirée d’août. « Ca » lui manquait trop. L’ambiance, les effluves de la salle, un peu de bruit, le match, la compétition restent les berceuses, depuis son adolescence à Krasnodar, d’une passion mise entre parenthèses en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes sur une ultime médaille de bronze. À 42 ans.

Ce soir d’août c’est autant la curiosité qu’un manque à combler qu’il vient chercher à l’occasion d’un simple match amical du Strasbourg de Denis Lathoud. C’est un peu du lustre passé qu’il cherche à se réapproprier les semaines suivantes quand on le remarque, de nouveau, en tribunes. C’est, peut-être, un appel déguisé finalement. Denis Lathoud a croisé, dans les années 1990, le gardien russe sur les parquets. Il connait son histoire, la légende qui l’entoure et il ne se résout pas, évidemment, à ignorer le personnage.

« Tu ne fais rien ? Viens faire un entraînement avec nous ! »

« Je suis allé le saluer et on a parlé. Il m’a dit qu’il était installé à Strasbourg, qu’il ne travaillait plus pour la Fédération russe. « Donc, tu ne fais rien », lui ai-je demandé avant d’ajouter : « Si ça te dit, viens faire un entraînement avec nous ? »

Le lendemain, engoncé dans son vieux survêtement de Niederwurzbach, l’un de ses derniers clubs à l’aube des années 2000, Andrei Lavrov est bien là. Et le jeune gardien alsacien Romain Mathias (22 ans), qui va donc passer entre des mains expertes, semble un peu éberlué. « Je l’avais mis au parfum, rappelle, amusé, Lathoud. Mais quand j’ai prononcé le nom de Lavrov, il m’a dit : « Mais qui est-ce ? » Je n’en revenais pas mais je sais que Romain est immédiatement allé se renseigner sur internet et visionner des images. »

Qui est-ce sinon, aujourd’hui, le seul joueur de handball dans l’histoire à avoir remporté trois titres olympiques (1988, 1992, 2000) et disputé à cinq reprises les J.O. L’empreinte d’une carrière unique quand elle s’étoffe de deux titres mondiaux (1993 et 1997) et d’un trophée européen (1996). Quelle idée d’aller replonger ? « Parce que, résume Lathoud, le temps qui passe nous ramène toujours vers le passé, et que ce foutu ballon se balade toujours dans notre tête. J’ai connu ça quand j’étais au chômage et donc inactif. Pour Andrei ce doit être pareil. Il y a à la fois l’envie d’être utile et de transmettre. »

Denis Lathoud, entraîneur de l'ESSAHB, et Andrei Lavrov en pleine discussion lors d'un entraînement

Andrei Lavrov a pris l’affaire au sérieux. Ce qui ne devait être qu’un coup ponctuel s’est vite transformé en une mission plus longue. « A ma grande surprise, il est revenu le lendemain puis tous les jours. Je lui ai bien expliqué que le club n’avait pas les moyens de lui offrir un contrat. Il s’en fiche, il est seulement content d’être là. Et moi je suis ravi. Qui n’aimerait pas disposer du secours précieux d’un tel gardien ?» Investi, assidu, imprégné au point de noter, pendant les matches, toutes les actions de ses gardiens avant de débriefer et d’améliorer. Faut-il, par exemple, y voir une relation de cause à effet quand Romain Mathias tourne à plus de 50% d’arrêts contre Valence à la fin du mois d’octobre et assure la victoire, juste avant d’être élu joueur du mois ?

L’entraîneur strasbourgeois sait que la présence d’Andrei Lavrov a pesé dans la performance, qu’elle peut, dans les prochaines semaines encore, participer à améliorer le rendement des gardiens strasbourgeois et contribuer au maintien du club en Proligue. L’apport est de qualité. Il continue, surtout, d’expliquer combien l’expertise et l’expérience des anciens reste un argument choc dans la formation des plus jeunes. Bénévole de luxe, Andrei Lavrov a, quant à lui, retrouvé le goût du jeu après avoir entamé une carrière politique et assumé un rôle majeur à la fédération russe désormais derrière lui. Il doit encore se dire aujourd’hui que rien ne vaut le terrain et le jeu.

L.M.
Crédits photos Sébastien Le Goff / ESSAHB

LNH
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