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Guillaume Crépain, la fureur de jouer

12 nov.
Laurent Moisset raconte
Le meneur istréen a bravé toutes les tempêtes, vaincu toutes les intempéries avant de s’affirmer comme un incontournable de la Lidl Starligue.

La vie et la carrière d’un handballeur professionnel ne décrivent pas toujours un parcours de tout repos. Celui de Guillaume Crépain semblait, néanmoins, destiné à suivre une belle ligne droite quand son père, manieur de la petite balle, ses deux tantes pratiquantes jusqu’à la première division avaient aspergé des meilleurs parfums son entrée sur les parquets. A l’âge de huit ans déjà, il évoluait avec les moins de 12 à Bondy, sa ville natale et son club d’origine. Dans le 93 et les catégories de jeunes, Guillaume était le petit qui courait partout, bravache très tôt, quand malgré sa petite taille il osait tirer des 9 mètres au-dessus des murs les plus infranchissables.

« C’était n’importe quoi, sourit-il, mais j’avais vu les pros et je ne faisais que les imiter. »

Sa manière à lui, déjà, de lutter contre les tabous à une époque, le début des années 2000, où la pratique s’oriente vers les grands gabarits. Les directives fédérales sont claires quand il s’agit d’entrer dans les pôles espoirs et, selon ces mêmes critères, Guillaume Crépain n’a pas le profil pour franchir le pas à Eaubonne. « Il fallait trouver des grands, des costauds et avec mon mètre soixante-dix je ne faisais évidemment pas la maille. »

Guillaume Crépain a joué ses premiers matchs en professionnel avec Ivry lors de la saison 2005/2006.

« Je passais la matinée à faire le ménage chez moi. »

Probablement a-t-il compris à ce moment-là qu’une carrière au plus haut niveau lui serait interdite. Pourtant, Stéphane Imbratta, au centre de formation d’Ivry et dénicheur de pépites en région parisienne, lui ouvre ses portes. « Il m’a tout appris, se souvient Crépain. « Joue comme un petit », m’a-t-il dit. J’ai donc appris à évoluer avec des changements de rythme, à ouvrir les yeux. Quand tu ne peux pas rivaliser physiquement, tu fais jouer les autres. » Et s’il gravit les échelons, participe activement à la quête du titre de Champion en 2007, s’il tient ce rôle de dynamiteur, il n’a, évidemment, pas vaincu ce qui s’apparente, malgré tout, à un complexe.

« Il n’y avait pas de peur dans mon jeu, seulement un manque de confiance. J’étais plein de tocs, surtout les jours de match. Je passais la matinée à faire le ménage chez moi. Je mangeais toujours la même chose. Je portais le slip et les chaussettes porte-bonheur. C’était probablement un moyen de penser à autre chose mais cela traduisait un manque de sérénité. J’ai longtemps vécu ce phénomène. Il n’y a vraiment pas longtemps que tout cela s’est estompé. »

« Ta vie change quand on te laisse entendre qu’il vaut mieux arrêter le sport. »

Champion à vingt ans ne garantit pas le service après-vente. Attaché à ses racines, c’est dans son département, le 93, qu’il compte réussir. Il s’installe à Tremblay avec le projet de grandir mais ne s’y retrouve pas très rapidement. « Collectivement, rien n’allait, rien ne fonctionnait. J’étais forcément frustré parce que je m’identifiais tellement au projet. » Il ne s’en cache d’ailleurs pas avouant même avoir traversé de longs mois de déprime jusqu’à déclencher -relation de cause à effet ? - une crise d’épilepsie. Un vrai virage dans sa vie… « On m’a découvert un cavernome, une malformation des vaisseaux dans le cerveau. » Il passe son temps chez les neurochirurgiens, dubitatifs à son sujet quand l’un d’entre eux préconise une intervention chirurgicale. « Il m’a interpellé : « Si tu étais mon fils, je t’opèrerai. » Tu passes ton temps sur internet, à peser le pour, le contre, à essayer de comprendre. Pour moi qui n’avais pas confiance, la situation devenait incontrôlable. Ta vie change forcément quand on te laisse entendre qu’il vaudrait mieux arrêter le sport. »

À Tremblay, Guillaume Crépain avait pourtant retrouvé Stéphane Imbratta, son précédent entraîneur et formateur, ici en blanc au second plan (saison 2013/2014).

Guillaume Crépain n’ira pas jusqu’au bloc, sera même rassuré par un spécialiste qui préconise un traitement et l’astreint à une IRM annuelle. Il rejouera. Plus à Tremblay. Il revivra à Billère, dans ce Sud-Ouest, où il jure de revenir après la fin de carrière. Il y retrouve les valeurs, cet esprit de convivialité, de solidarité, l’esprit d’équipe surtout. « Je suis revenu sur terre. Oui, j’ai repris pied dans la réalité. Moi, j’avais un bon contrat. Il y avait des gars dans l’équipe qui gagnaient à peine le smic et devaient payer leur loyer et qui ne pouvaient donc pas aller boire un coup. Mais, sur le terrain, il y avait des signes forts et dans le club une âme. »

Loin des titres, de la lumière, Guillaume Crépain retrouve son jeu, la fureur de jouer aussi au point d’avouer : « Aujourd’hui, j’ai encore plus envie de jouer. Parce qu’après Billère, à Istres, également, je sens ce vent d’enthousiasme et de solidarité qui pousse fort. » Il n’en est plus au temps de regretter une carrière plus scintillante… « Des clubs m’ont bien approché mais ils reculaient à cause de mon gabarit. Ce n’est pas grave, je suis fier de ce que j’ai réussi. »

Fier d’être resté, après 213 matches en Lidl Starligue et quatre autres saisons passées en Proligue, le petit qui court partout…

L.M.
Crédit Photos Stéphane Pillaud

Guillaume Crépain, ici sous les couleurs billèroises, lors d'un match de Proligue contre Massy ( saison 2015/2016).
LNH
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