close


Philippe Gardent : « Nous ne sommes pas si maladroits »

21 nov.
Interview
A force d’imagination, de patience, de solidarité, le Fenix Toulouse Handball brille au classement et dans son jeu. Son entraîneur ouvre une fenêtre sur les raisons d’une renaissance.

La saison dernière, après 10 journées, 8 défaites et deux nuls, vous étiez lanterne rouge du Championnat…

… et aujourd’hui, au même temps de passage, nous sommes deuxièmes ! Cela dit tout, en vérité, de notre capacité à se mobiliser, à croire en notre projet. Paradoxalement, cette mauvaise période a été intéressante. Le groupe sportif, le club dans son ensemble auraient pu se disloquer, remettre en cause la méthode, les hommes. On a fait preuve de patience, je dirais même de sagesse, parce que l’on n’a pas ciblé de responsables. Il y avait des éléments, notamment dans notre manière de jouer, qui permettaient de croire au redressement. Ce qu’on a réalisé après la trêve hivernale en alignant les victoires a seulement démontré que le club reposait sur des bases solides.

Votre deuxième place du moment est donc dans la continuité…

C’est la réalité qui s’impose effectivement. Pourtant, je n’étais pas vraiment rassuré avant le début de ce nouveau Championnat. A l’intersaison, on a, tout de même, connu pas mal de changements.

N’est-ce pas, justement, la principale difficulté pour un entraîneur d’avoir, d’une année sur l’autre, à reconstruire ?

Si bien sûr. Quand on voit, ces dernières années les joueurs qui nous ont quitté, Fernandez, Porte, Minne, Alvaro Ruiz, Pettersson, alors que Sole partira vers Paris à l’issue de cette saison, nous sommes forcément dans l’obligation de réinventer. Maintenant, on a une certaine expérience à ce niveau. Voilà pourquoi, par exemple, on a depuis mon arrivée il y a quatre ans, cherché à consolider nos fondations et nos structures. Nous sommes très bien organisés, sportivement et administrativement avec des équipes très dynamiques.

« Notre classement est une anomalie budgétaire. »

Peut-on dire que c’est le secret de votre réussite ?

Autant nous ne sommes pas tombés dans le catastrophisme lorsque l‘on ne marchait pas fort, autant nous ne céderons pas à l’euphorie alors que la situation est devenue favorable. On reste humbles, les pieds bien sur terre. On a conscience par exemple que notre classement est une anomalie budgétaire. Nous figurons parmi les cinq plus petits budgets de la Lidl Starligue et ce blocage financier oblige à une gestion au millimètre. Alors, on s’adapte à nos moyens.

Que les remaniements dans l’effectif ne nuisent pas au rendement de l’équipe reste une grande surprise ?

Cela veut dire, peut-être, que nous ne sommes pas si maladroits dans notre recrutement. Compte tenu de nos moyens, nous suivons tout ce qu’il se passe en Proligue et lors des compétitions de jeunes. Notre structure sportive a été dessinée dans ce sens. Rudi Prisacaru assiste aux compétitions internationales de jeunes. On vient d’ailleurs de faire entrer un jeune Chilien dans notre centre de formation. On a, aussi, quelqu’un qui abat un travail considérable en matière de scoutisme et qui regarde près, notamment, la Proligue. Enfin, il y a notre centre de formation, dirigé par Rémi Calvel qui commence à être bien implanté. La saison passée, il n’était pas rare que cinq ou six de ses pensionnaires figurent sur les feuilles de match.

« À une époque, j’étais bien plus centré sur ma personne. »

Il y a aussi tous ces bons coups que vous réussissez…

Chez nous, je le dis souvent, on accueille tous les cabossés psychologiques ou physiques de l’activité. Pour un entraîneur c’est passionnant de les remettre dans le jeu. Puisque vous parlez de bons coups, il y a un moment que je pistais Luc Steins à Massy. Je me suis battu, aussi, pour récupérer le jeune arrière droit algérien, Ayoub Abdi à Grenoble.
 

Un entraîneur comme vous qui a connu la lumière à Chambéry et à Paris ne souffre-t-il pas de repasser dans l’ombre ?

C’est vrai qu’à une époque, j’étais bien plus centré sur ma personne, un peu égocentrique. Le temps qui passe apporte la sagesse. J’ai connu mon heure de gloire, voilà c’est fini. Ce qui compte, pour l’entraîneur, est d’accompagner le mieux possible ses joueurs vers le plus haut niveau. Diriger un projet en Proligue ou à Kiel c’est finalement pareil. Je ne m’interroge plus sur ces questions de notoriété. Probablement parce que je me sens mieux, aujourd’hui, dans ce rôle de bâtisseur. Malgré la concurrence du rugby, du foot, principalement, le Fenix est bien installé à Toulouse et a trouvé sa voie.

Pensez-vous que vous pourrez tenir longtemps ce rôle d’outsider ?

On est loin du compte et on sait bien qu’on ne terminera pas deuxième du Championnat. Mais, disons qu’on a trouvé de la confiance, une certaine forme de sérénité et que l’on joue bien. Alors, l’objectif est de capitaliser sur ces acquis pour continuer d’avancer.
 

Savez-vous, pour la petite histoire, que vous détenez le record des deuxièmes places en Championnat depuis le début de votre carrière d’entraîneur ?

Onze, je crois et je préfère dire vice-champion de France. Mais n’allez pas me faire dire que je peux améliorer cette performance cette saison... (sourire)

Propos recueillis par Laurent Moisset.

LNH
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques, commerciaux et de partage via les boutons de réseaux sociaux.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies