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Rémi Desbonnet, à la force du poignet

28 nov.
Laurent Moisset raconte
Le gardien de but nîmois est le porte-drapeau d’un état d’esprit et d’une ambition. Son histoire personnelle ne pouvait que l’amener à tenir ce premier rôle.

Les souvenirs déroulent, déjà, une guirlande de petits bonheurs. Cette entrée sur le parquet à 20 ans lors d’un match de Coupe d’Europe à Hambourg devant 10000 spectateurs après seulement trente secondes de jeu et l’expulsion de Mickaël Robin, le gardien titulaire. Ce but -un lob- en deux temps venu d’ailleurs face à l‘immense gardien allemand Bitter et ce même Hambourg à l’Arena de Montpellier. Cette saison 2012-2013 vécue sur fond de mélodrame à la suite de l’affaire des paris qui propulsa le jeune Rémi Desbonnet dans la cage héraultaise. C’est bien connu le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le débutant ne pouvait rêver d’un meilleur baptême du feu.

« Au club, la situation était vraiment dure à vivre. Paradoxalement, pour moi, c’était une opportunité incroyable. J’avais du temps à l’entraînement, en match même si j’étais la doublure de Mickaël Robin. Cela m’a propulsé. Il y a eu Hambourg mais également une finale de Coupe de France gagnée avec onze buts d’écart sur le PSG. Oui, tellement de moments formateurs… »

Probablement un moment de revanche, aussi, pour Rémi longtemps empêché par un gabarit -1,80m- jugé, alors, inadapté pour le poste de gardien de but. C’est l’histoire d’un combat auquel il ne songeait pas quand, dans la patinoire de Montpellier, en face de René-Bougnol, il laissait glisser ses lames sur la glace dans un rôle de premier attaquant. Le hockey, sa passion, mise entre parenthèses quand ladite patinoire en travaux resta donc fermée plus d’un an. « J’ai traversé la rue jusqu’à René Bougnol quand ma mère m’a inscrit au handball. »

Il est écrit, dans une discipline où la dimension athlétique est déterminante, que le parcours sera arboré d’espoirs et de désenchantements. « En fait, à chaque étape de ma formation, on m’a fait comprendre que la marche suivante était pratiquement inaccessible compte tenu de ma morphologie. Après avoir intégré l’équipe de France en jeunes, la Fédération m’a zappé pendant trois saisons. Cela a été un moment compliqué mais je n’ai jamais baissé les bras. »

Saison 2012-2013, photo de pré-saison | Rémi Desbonnet est alors pensionnaire du centre de formation du Montpellier Handball
« Branko Karabatic et Daouda Karaboue m’ont donné confiance. »

En se réfugiant dans le travail, il trouve l’enrichissement personnel. En analysant son supposé handicap de taille, il cherche à s’appuyer sur ses qualités naturelles. La lecture du jeu, la relance. « Il m’était difficile de prendre exemple sur un gardien puisque je suis, toujours aujourd’hui, le plus petit gardien du Championnat. Dans ces conditions, on essaie de connaître ses forces et ses faiblesses avant de trouver des points d’équilibre. » Cette ouverture d’esprit, ce sens des réalités interpellent forcément ses entraîneurs et, en premier lieu, Branko Karabatic, chargé à Montpellier de l’entraînement des gardiens.

« J’ai eu une relation géniale de travail avec Branko. C’était une bible, d’une richesse incroyable. Il m’a enseigné l’art du placement, la rigueur. Au-delà du spécifique, il m’a surpris avec des exercices atypiques, comme marcher sur les mains. J’ai également eu la chance, à 17 ans, de travailler avec Daouda Karaboue. Il m’a toujours montré beaucoup d’intérêt et de respect en me disant des mots rassurants. Tout cela était nouveau pour moi mais tous les deux m’ont permis de prendre confiance en moi, d’imaginer une suite dans ma carrière. »  

Rémi Desbonnet est, déjà, un homme de caractère, intuitif, mature et un joueur dans l’âme. Plutôt que de rester à Montpellier où il sera le troisième gardien, il fait un saut de puce jusqu’à Nîmes. Il veut choisir son destin. « Avoir les cartes en main, or à Montpellier il m’aurait fallu attendre longtemps avant d’entrer à la table de jeux. » Et si la frustration peut le gagner parce que devant lui Yassine Idrissi tient la baraque verte, c’est, encore et toujours, dans le travail qu’il va s’abriter. « Jeune on est impatient, sourit-il, mais j’avais, profondément ancrée, cette volonté, d’être un joueur le plus complet possible. A l’évidence, il fallait du temps pour réaliser ce projet. C’est dans l’attente, finalement, que je me suis construit, au fil du temps. » Et la mentalité nîmoise colle parfaitement à son état d’esprit, celle qui consiste à prouver par la performance sa compétitivité. A l’issue de la saison 2017-2018, il sera le gardien le plus prolifique de la Lidl Starligue avec 322 arrêts. Il se nourrit de l’ambition de son club, en devient un leader, l’un des détenteurs de ce fighting spirit qui sublime tous ces petits hommes verts.

« J’ai de l’amour pour ce que je fais. »

Un joueur sans limites, philosophie entretenue dès ses débuts dans la cage…  « Ces limites, on les a posées quand j’étais plus jeune à Montpellier en m’alertant sur les difficultés que j’allais rencontrer pour atteindre le plus haut niveau, peut-être même en doutant que j’y parvienne. C’est probablement la raison pour laquelle, j’ai voulu combattre tous les à priori. Cela, inconsciemment, a été un moteur. Cela le reste aujourd’hui parce que la Ligue des Champions, l’équipe de France, tout est possible.»

Probablement n’a-t-on pas mesuré la puissance de son engagement et cette capacité à ne jamais tomber dans la routine. « On me dit que je suis expressif mais ce n’est qu’un moyen de montrer combien je suis heureux d’être là. J’ai de l’amour pour ce que je fais.» Rémi Desbonnet n’est pas qu’un salarié du sport, il vit le monde professionnel avec passion et engouement. « Mon mentor a été Frédéric Anquetil. Je l’ai écouté, suivi ses conseils. Il m’a transmis les valeurs des anciens, tout comme Andrej Golic, mon agent, fait comprendre qu’il y avait une vie à côté que l’on pouvait harmoniser avec l’activité, aussi exigeante soit-elle. »

Rémi Desbonnet a gardé le sens des valeurs et des priorités. Gardien atypique, il l’est aussi, dans la vie de tous les jours, où la convivialité, le partage et les amitiés comptent autant qu’une victoire sur le terrain.

L.M.
Crédit photo Stéphane Pillaud

LNH
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