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Luc Abalo, stop ou encore ?

13 avril
Histoires d'hommes
Arrêter ou pas, ou comment, avec la crise du coronavirus, le destin de l’International français du PSG Handball s’en est trouvé transformé.

Luc Abalo s’est-il vraiment fait à l’idée de baisser le rideau à l’issue de cette saison ? S’y est-on d’ailleurs, nous-mêmes, préparé ? On le croit hors d’âge, probablement même éternel sur ce poste d’ailier droit où ses fulgurances physiques et techniques en font un joueur atypique et si différent des autres. Il est le même dans l’état d’esprit. Décalé forcément quand il dit s’enrichir dans la peinture et la création pour échapper à la routine et au conformisme. Il ne fallait donc pas s’étonner quand, au cœur de l’hiver, il a annoncé sa décision de prendre sa retraite en fin de saison, son contrat expirant au PSG.

Le choix, pourtant, n’était pas très net puisqu’assorti d’un commentaire ambigu. «Enfin, si je trouvais un projet un peu exotique, je pourrais, qui sait, tenter une ultime aventure. »  

La porte laissée ouverte explique combien le Parisien hésite, combien, probablement, il n’est pas sûr de son choix. Peut-être s’est-il inquiété du gouffre qui se présentait devant lui ou rendu compte de la place qu’occupait, finalement, le handball dans sa vie. Il y a connu tellement d’émotions. De son premier titre avec l’équipe de France en 2006 au Championnat d’Europe à Ivry, champion de France en 2007 jusqu’à ses quatre nominations de meilleur ailier droit du Championnat d’Espagne avec Ciudad Real en quatre ans, ses six titres de Champion avec Paris dont il est l’une des figures de proue depuis l’arrivée des Qataris en 2012. Comment oublier, balayer toutes ces années bonheur ? Et pourquoi se résoudre à quitter la carrière alors que sa fraîcheur et son efficacité continuent d’apporter la magie à son jeu et à son image ?

Le corps peut, la tête n’en veut plus

Au bout du chemin, Luc Abalo est confronté à cette forme d’incertitude qui accompagne tous ceux qui, avant lui, ont pris la décision d’arrêter, certains vaincus par l’usure physique, d’autres résignés parce que sans opportunité de poursuivre l’aventure et d’autres encore un peu moins prévoyants concernant la suite professionnelle à donner à leur vie. L’ancien Ivryen n’entre dans aucune de ces cases. Il est, en revanche, bel et bien au milieu du gué.

D’un naturel changeant quant à ses convictions, il a ainsi considéré qu’avec l’apparition du Coronavirus et l’interruption des compétitions « il ne pouvait pas arrêter comme ça. » Dans les colonnes du Parisien, le 17 mars dernier, il a même précisé : « Je reviens sur ma décision d’arrêter et si des clubs veulent m’appeler, qu’ils n’hésitent pas. » Partir, revenir, Luc Abalo joue toujours sur un fil alors qu’il sait la conjoncture compliquée quand beaucoup de clubs vont revoir leurs objectifs et leurs investissements à la prudence d’ici à une fin de saison toujours aussi incertaine sportivement.

L’affectif indiquerait une piste jusqu’à Ivry, l’équipe de ses débuts mais le club du Val de Marne en a-t-il les moyens et l’ailier se sent-il vraiment prêt à reprendre les armes pour ferrailler dans le ventre mou du Championnat ?  Est-il prêt à cet effort alors que son envie, celle de prendre chaque matin le chemin de l’entraînement, a semblé s’atténuer ces derniers mois, alors que son esprit, toujours plus vagabond, l’appelle à d’autres passions et d’autres défis. En est-il capable alors que son présent ne s’occupe pas seulement de handball ? L’objectif olympique, alors qu’il a déjà décroché deux médailles d’or en 2008 et 2012, est-il, aujourd’hui une finalité dans une carrière embellie de trois mondiaux et deux européens ?

Son corps le peut mais la tête n’en veut plus confrontée à une réalité que certains champions sentant la fin de carrière approcher ont souvent expliqué par ces quelques mots : « Quand je n’aurais plus le feu sacré, ce plaisir à repartir combattre à l’entraînement, je saurai alors qu’il vaut mieux ne plus insister ? » Alors Luc Abalo se risquera-t-il au match de trop ? Soucieux de son image, l’argument pourrait l’inciter à une mesure de sagesse. Depuis la mi-mars, l’International de 35 ans pèse et soupèse toutes les situations, hésitant, fataliste, indécis sans que la réflexion n’apporte encore de bonnes réponses. Insaisissable sur le terrain comme dans la vie, peut-être jouera-t-il son destin à pile ou face avant de reprendre une expression dont il ne se départit plus depuis le début de l’année : « On ne peut jamais savoir ce qu’il peut se passer. »

L.M.

LNH