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Nicolas Tournat, une histoire en marche

23 avril
Histoires d'hommes
On ne le reverra plus sur les parquets de Lidl Starligue avant un bon moment mais le pivot nantais est déjà dans toutes les mémoires.

Son histoire de France s’est arrêtée au 4 mars 2020 sur une victoire à Saint-Raphaël, huit buts à la clé. Elle ne s’est malheureusement pas enrichie du tour d’honneur espéré à la « H » Arena, d’un adieu dans la fureur des lieux qui l’ont vu naître et elle pose, évidemment, un voile d’ombre après huit années passées en Loire-Atlantique : « Partir comme ça, sans pouvoir dire au revoir… » Chez Nicolas Tournat l’aspect affectif a toujours tenu un rôle essentiel au fil de la carrière. Il aurait pu ainsi rejoindre Montpellier à 17 ans alors qu’il avait tapé dans l’œil d’expert de son manager, Patrice Canayer mais cette éventualité s’était tout naturellement effacée lors d’un conseil de famille. « Avec mes proches, on avait jugé, à l’époque, que ce n’était pas forcément une bonne idée. M’éloigner si jeune de mon cocon ça ne m’emballait pas. » Le gamin sait déjà combien son bien être et son épanouissement passent par la qualité de son environnement.

Il en a mesuré plus tôt toute l’importance lorsque jeune footballeur il n’a pas hésité à quitter prématurément l’activité. D’un physique déjà imposant -1m75 à 11 ans !- il use et profite de son avantage sur les pelouses de Niort et des environs mais les conséquences sont désastreuses. « En fait, se souvient-il, on me reprochait de tout bousculer sur mon passage. Cela a même crée des altercations entre les parents dans les tribunes. Je n’ai pas aimé ce climat, alors j’ai laissé tomber. »

« Bouge-toi, t’es tout mou ! »

Victime, peut-être même desservi par un physique hors normes -2m, 110 kilos- le « petit » Nicolas a dû s’adapter dès son arrivée à Nantes à l’été 2012. Brut de coffrage, il est, néanmoins, intégré dans le groupe professionnel lors du stage d’avant-saison. « C’est un peu la tradition au « H ». Lors des périodes de préparation, les jeunes viennent faire le nombre. Là, j’ai vu Alberto d’Entrerrios, un monument du jeu, qui venait d’arriver. Je me suis dit : « Oh la vache, maintenant c’est du sérieux. » Il y avait de l’appréhension, de la timidité dans toutes mes attitudes. »

N’empêche, les anciens aiment ce gamin enthousiaste, attentif dont la volonté de grandir est évidente. Probablement mesurent-ils déjà son potentiel, sa marge de progression et ils ne tardent pas à lui mettre la pression. « J’étais un peu emprunté, trop observateur aussi à mon arrivée. Je me souviens que Rock Feliho était derrière moi. « Bouge-toi, t’es tout mou », me répétait-il inlassablement. Petit à petit, j’ai arrêté de croire que mes partenaires, malgré leur carte de visite, étaient les plus beaux et les plus grands. Rock a beaucoup compté, c’est sûr, dans ma capacité à devenir plus combattif, plus hargneux. Il était un exemple d’autant qu’avec ses mots, tout en douceur souvent, il savait faire passer les messages. »

« Succéder à Aguinagalde qui a dominé le Monde pendant une décennie… C’est un défi. »

L’unanimité et la confiance ne tardent donc pas à s’installer autour du phénomène. Membre du centre de formation dès sa première saison en 2012-2013, il apparaît sur neuf feuilles de match. Il inscrit son premier but lors du Final Four de la Coupe EHF contre Holstebrö. « Il restait une minute à jouer et Alberto Entrerrios a demandé à Thierry Anti de me faire entrer. Au bout de quinze secondes, j’ai inscrit mon premier but dans la carrière. Je ne l’ai jamais oublié. » Il sait combien il doit à Grégory Cojean et Thierry Anti, ses entraîneurs, à Nicolas Claire, Alberto Entrerrios et leurs offrandes sur le parquet, largement accompagnateurs de son développement et de son épanouissement. Il n’a pas oublié chacun de ses premiers pas. Ses quatre buts contre Tremblay en 2013, les six autres réalisations contre Szeged en Coupe d’Europe ou encore un 5 /5 contre Montpellier et Thierry Omeyer, étapes fondatrices d’une jeune carrière qui l’amène à 21 ans à inscrire 89 buts dans sa saison puis, par la suite, à ne plus jamais redescendre sous la barre des 100 réalisations chaque année.

Il est l’enfant, puis le chouchou de Beaulieu incarnant très vite la réussite du « H » mais s’appliquant toujours à renforcer ses acquis et combler ses faiblesses. « Je me suis battu et j’ai eu de la chance, » résume-t-il. Habité par le jeu, attiré par le but, en quête permanente de progrès, c’est aussi la raison pour laquelle il a décidé de quitter son club et son confort en acceptant un contrat de trois ans à Kielce en Pologne.

« Cela a toujours été un objectif. Quel que soit le club, ou le pays, je voulais connaître cette aventure. » Il mesure, aujourd’hui, l’ampleur de la tâche quand il lui faudra dès la prochaine saison succéder à Julen Aguinagalde, le pivot espagnol, qui reste l’un de ses modèles. « Succéder à Aguinagalde qui a dominé le Monde pendant une décennie… C’est un défi. »

Un moyen surtout d’affirmer sa personnalité et ses convictions sans, pour autant, effacer les huit années passées sous l’arc-en-ciel nantais. « Je sais que d’une certaine manière, je dois partir sans pouvoir dire au revoir mais on se retrouvera bien au fil des futures joutes européennes. J’attends, déjà, tellement ce moment… »

L.M.
Crédit photo FFHB / HBC Nantes / Sportissimo

LNH