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Nikola Karabatic : « J’ai toujours voulu marquer mon sport »

27 mai
Interview
Records, longévité, avenir, le triple meilleur joueur du monde s’épanche sur un destin hors normes.

Il n’avait que 17 ans ce 11 octobre 2001 quand il s’est invité, pour la première fois, parmi l’élite nationale contre Toulouse en Championnat, à peine plus de 19 lorsqu’il a inscrit 11 buts avec Montpellier lors de la finale aller de la Ligue des Champions au printemps 2003 face au Pampelune de Jackson Richardson. Ce rappel dit combien le gamin de Nis a été précoce avant d’étendre sur près de 20 ans (déjà !) son omniprésence sur la planète handball.

Avec 65 titres engrangés (56 en club, 9 en équipe nationale) Nikola Karabatic n’a pas d’égal. Il accumule les records. Il est le seul en France à avoir décroché 12 titres de Champion mais son palmarès dévoile, également, 18 victoires sur 19 Championnats disputés entre Montpellier, Kiel, Barcelone et le PSG. Rencontre avec le phénomène.

Nikola, comment reçois-tu tous ces titres, tous ces records ?
Quand je suis sur le terrain, je n’y pense pas, je ne cours pas après. C’est à l’extérieur quand on me le rappelle que je réalise tout le chemin parcouru. Il y a forcément de la fierté comme cette saison, par exemple, quand on devient le premier à remporter douze titres de champion de France. Mais si l’on ne devait s’en tenir qu’aux chiffres, je penserais qu’en disputant 19 Championnats dans ma carrière, j’en ai laissé échapper un en 2012…

Là, on retrouve bien ton côté compétiteur…
On est tous pareils, je crois, et c’est, d’ailleurs, l’un des moteurs d’une carrière. Au fond de moi, j’ai toujours voulu marquer mon sport. C’est en gagnant que l’on y parvient. Maintenant, je ne compte pas même si j’ai conscience que ces 65 titres représentent beaucoup. On ne fait pas ça pour soi d’autant qu’on ne peut réussir sans ses partenaires. Dans ma tête, il a toujours été clair que je devais, d’abord, aider les copains et l’équipe pour espérer gagner. Le résultat, on l’analysera quand j’aurais mis un terme à ma carrière.

« Le danger c’est que la routine s’installe. »

Ton cas reste, pourtant, à part dans la mesure où depuis tes débuts, tu as accumulé les efforts en jouant entre 50 minutes et une heure attaque et défense ?
C’est effectivement une forme de fierté d’avoir été capable de tenir la cadence. Maintenant, pour tout vous dire je me demande comment j’ai fait.

Comment expliquer cette régularité dans les performances et dans ton engagement ?
Le danger, et c’est valable dans tous les secteurs d’activité, c’est que la force de l’habitude et la routine s’installent. Tout au long de ce chemin, il y a bien eu des moments où la lassitude gagnait du terrain. Quand tu perds, quand tu as le sentiment que tous les efforts n’ont pas été faits. Tu n’es jamais à l’abri du ras le bol. Maintenant, cette passion me colle à la peau depuis tout petit. Probablement m’a-t-elle permis, en toutes circonstances, de relativiser puis de positiver et, donc, de repartir.

« Je me suis dit que tout pouvait s’arrêter. »

Jamais, donc, tu n'as été saisi par le doute ou l’envie de tout arrêter ?
Lors de la saison 2016-2017, j’ai commencé à souffrir du pied mais continué de jouer avec la douleur. J’ai connu un répit jusqu’au Final Four de la Ligue des Champions en juin 2018 et c’est revenu. J’ai cru que les choses allaient se tasser mais cela n’a pas été le cas. J’ai beaucoup consulté avec ce problème d’Hallux Valgus et les avis n’étaient pas encourageants. On me disait qu’il ne fallait pas opérer sinon je ne rejouerais plus. A ce moment-là, en effet, je me suis dit que tout pouvait s’arrêter brusquement. J’ai pu croire, oui, que tout était fini.

Et…
J’ai rencontré un chirurgien qui m’a rassuré. Il avait déjà réalisé cette intervention avec succès mais jamais sur un handballeur. Je ne me voyais pas partir sur ce coup du sort et c’était la dernière solution. Il y avait de l’appréhension, la crainte aussi de ne pas revenir au meilleur niveau. Cela m’a perturbé, inquiété, travaillé. On avait prévu que je rejoue six mois après l’intervention. Ca doit être mon esprit compétiteur parce que je me suis battu pour revenir plus vite. Trois mois après, on me revoyait sur un parquet.

Est-ce la raison pour laquelle ton temps de jeu s’est réduit depuis ? Est-ce dans le but de te préserver ?
Ce n’est pas dans mon tempérament. S’il faut jouer une heure, j’y avais et cela ne me dérange pas. C’est l’entraîneur qui a fait ce choix en me demandant de jouer en défense et moins en attaque. Je me suis plié à sa décision.

« Si le corps répond, si l’envie est là, pourquoi arrêter ? »

A contre cœur ?
Avec l’âge, la philosophie change. Beaucoup de sentiments se mélangent. Je me suis rendu compte, par exemple, que cet arrêt forcé de trois mois m’a permis de rafraîchir mes idées et mon esprit. Je me suis rendu compte, aussi, combien le handball me manquait. J’ai, évidemment, envie de jouer le plus possible, j’y suis prêt.

Le départ pour Kiel de Sander Sagosen va te ramener en première ligne…
J’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui et la concurrence n’a jamais existé. J’ai conscience que la donne va, probablement, être redistribuée la saison prochaine avec son départ. Le PSG, aussi, va changer. En ne parvenant pas à retenir Sander, qui peut devenir très vite le meilleur joueur du monde, le club ne délivre pas un signal fort. Depuis deux saisons, on réduit le budget. Ainsi, la saison prochaine, on va joueur avec cinq joueurs sur la base arrière alors que les plus grands clubs européens ont doublé, voire triplé les postes dans ce secteur. Cela risque d’être contraignant quand on voit le calendrier qui nous attend avec le Championnat, la ligue des Champions, le Final Four de décembre et le tournoi de qualification pour les J.O avec l’équipe de France. On aura toujours une très bonne équipe mais on ne doit plus nous considérer comme un favori.

Dans ce contexte guerrier, ton rôle risque d’être essentiel ?
Je suis toujours très heureux d’être sur un terrain. J’ai plus d’expérience encore aujourd’hui. Dans une saison très longue et compliquée, j’espère que cela va aider l’équipe. Le plus important, c’est le plaisir. J’en ai toujours, j’ai encore envie de gagner, de remporter des titres. Je suis prêt à me battre pour ça.

Cela veut-il dire que tu n'es pas prêt à envisager la fin de ta carrière ?
Je n’y pense pas. Je suis sous contrat jusqu’en juin 2022 et je ne me fixe pas de limites. Si le corps répond, si l’envie est là, pourquoi faudrait-il arrêter ?

Propos recueillis par L.M.
Crédit photo Sportissimo.

LNH