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Merci les Barjots

04 juin
Reportage
25 ans après le 1er titre mondial d’un sport collectif en France, la LNH remercie les Barjots d'avoir fait entrer le handball dans une nouvelle dimension.

C’est une année de célébration qui raconte l’émergence du handball français en 1995 avec le premier titre mondial d’une équipe de France, tous sports collectifs confondus. Elle s’accroche toujours et encore au destin de ces pionniers libérés de tout complexe, décidés à gagner leur indépendance et leur liberté de jouer. Richardson, Lathoud, Volle, Munier, Portes, Quintin, Anquetil, Mahé, Gardent, parmi tant d’autres, sont des noms qui parlent toujours aujourd’hui parce qu’ils évoquent une naissance et la victoire. Parce qu’au fil du temps, une fois l’héritage déposé aux pieds de jeunes admirateurs tout aussi inspirés dans la quête de moments de gloire, ils ont su perpétuer une certaine idée du jeu et de la vie. Avec eux l’un n’allait pas sans l’autre et ce n’est pas un mince exploit d’ailleurs d’avoir laissé, intacte, l’image d’une bande de joyeux drilles autant que celle d’une équipe pétillante et talentueuse.

Ils sont allés jusqu’aux abords de la cinquantaine…

C’en est un autre, à une époque où le passé n’est pas souvent reconnu et honoré, d’avoir entretenu la flamme jusqu’en 2015, vingt ans après le sacre de Reykjavik, au cours d’une tournée annuelle d’une petite semaine et de matches exhibition qui remplissaient les salles aussi sûrement qu’un match de Coupe d’Europe. Les Barjots, puis leur association ont vécu jusqu’aux abords de la cinquantaine avant que les corps n’aspirent à la rémission. « Mais voulait-on vraiment que cela s’arrête, regrette Grégory Anquetil, On a joué tant qu’on a pu, on faisait nos adieux chaque année. On a rendu les armes avant de continuer et de jouer avec un déambulateur. »

Mais qui étaient vraiment ces Barjots ? La légende, dans un premier temps, a voulu pointer et retenir une bande de joyeux lurons bravant tous les codes élémentaires de la bienséance, aussi prompts par exemple à avaler une pinte de bière cul sec qu’à réussir un tour de magie sur le parquet. Le public, la presse se sont bien arrangés de ces frasques qui faisaient évidemment leur charme, de cette proximité, alors, qui leur permettait, à la fin du match ou au bout de la nuit de les approcher et de partager un moment de franche camaraderie.

Avant la scène, la mine…

Pour autant, avant d’être des bêtes de scène, ils ont été des travailleurs et souvent pointés à la mine lorsque Daniel Costantini, leur entraîneur, les dirigeait d’une main de fer. Dans l’année 1988, ces gars-là avaient disputé 72 matches et partagé ensemble cinq mois de stage en équipe de France. Et quand ils imaginaient rentrer dans leur club respectif profiter d’un repos salutaire, le coach leur avait concocté - en accord avec leurs employeurs- un programme de travail quotidien. A l’époque, le handball n’était pas professionnel et les joueurs, étudiants ou salariés à l’extérieur, ne s’entraînaient que deux fois par semaine. Alors, si l’histoire voulait être juste, elle ferait de Daniel Costantini le premier des Barjots.

Le technicien marseillais était allé s’inspirer en Allemagne avant d’organiser son commando. « A l’époque, se souvient Alain Portes, il ne fallait pas penser aux vacances. Pas le temps. On souffrait en silence. On insistait, on s’acharnait parce que l’on sentait des progrès. Pour tout vous dire, je ne suis pas sûr que si l’on imposait les mêmes cadences aujourd’hui, les gars tiendraient le choc. »

Ainsi donc, si on l’avait oublié, les Barjots ont été des précurseurs. Dans leurs clubs se sont imposées, par leur biais, de nouvelles méthodes d’entraînement à des fréquences supérieures. Nîmes, puis l’OM-Vitrolles ont imposé un nouvel art de jouer au Championnat de France avant de venir contester la hiérarchie et de réussir de gros coups en Coupes d’Europe. Comment pourrait-on oublier, alors qu’aujourd’hui, la Lidl Starligue est considérée comme le meilleur Championnat du monde avec la Bundesliga, le rôle essentiel tenu par les Barjots dans l’évolution d’une discipline devenue spécialité française aux yeux du monde ?

Au fil du temps, évidemment, cette réalité saute aux yeux, un peu plus finalement que les agapes passées mais, probablement, évoque-t-elle aussi pour ceux passés de l’autre côté de la barrière -Lathoud, Gardent, Quintin, Cazal, Munier notamment- quelques montées de nostalgie en suivant l’ordre bien établi sur le mode de la rigueur qui régit dorénavant la vie des joueurs professionnels. « Il existait, résume Daniel Costantini, une véritable compétition entre eux et je ne me souviens pas avoir attaqué une compétition sans douleur et sans conflit. Pourtant dix, vingt ans après lorsqu’ils se retrouvaient, c’était toujours avec plaisir. Pour avoir été des leurs parfois, j’ai surtout remarqué qu’il n’y a pas aujourd’hui ceux qui ont réussi socialement et les autres. Ils jouent toujours groupés et solidaires. Elles sont là leurs valeurs. »

Celles, peut-être qui dans un monde agité et toujours plus pressé, qui devraient revenir au goût du jour et feraient, alors pour l’éternité, des Barjots des hommes indémodables.

L.M.
Crédit photo Christian Carl

LNH