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Jeff, salut l’ami…

06 oct.
Histoires d'hommes
Président de Saint-Raphaël depuis 1987, Jean-François Krakowski quitte la présidence du club qu’il a bâti de ses mains.

Au moment de saluer une dernière fois son public, il est évident que quelques bouffées de nostalgie vont l’envahir. Dans le halo des souvenirs, réapparaitra ce grand escogriffe fier, en cette année 1977, de porter son premier maillot à Saint-Raphaël et d’engager ses premiers combats en extérieur. « A l’époque, pas de gymnase, donc direction le terrain bitumé avec des genouillères pour éviter de s’arracher la peau. » A 15 ans, il n’imagine évidemment pas le contrat au long cours qu’il vient de passer dans le Var, lequel prend officiellement fin ce soir après 43 années d’un amour et d’un investissement sans faille. Dans l’intervalle s’installe un improbable scénario. Jean-François Krakowski a joué 18 ans (1977-1995) et il a même cumulé avec le poste de président depuis 1987 -il avait, alors, 25 ans !), preuve d’une maturité et d’un sens des responsabilités rares à cet âge.

Son engagement le pousse à voir plus haut un soir de demi-finale de Coupe de France contre le grand OM-Vitrolles en 1996 où il a réussi à rassembler 2500 personnes dans le vieux Palais des Sports. « On s’est dit, se souvient-il, parce que je n’ai jamais été seul, ce jour-là qu’il y avait, peut-être, la possibilité de faire du sport de haut niveau avec peu de moyens et le coup est parti. »

Y croit-il vraiment et est-ce finalement le but du jeu ? C’est un pari qu’il remportera en convainquant partenaires et municipalité mais sa motivation a, toujours, été d’un autre ordre. « En fait ce club est d’abord une famille et je crois, dans ce domaine, le laisser aujourd’hui dans ce cadre-là. Saint-Raphaël, c’était les copains, les nuits sans fin à refaire la victoire, le handball. C’était, d’abord, la quête du bien vivre ensemble, l’impérieux besoin du partage. Tout ce que j’ai pu entreprendre partait de là. »

« Savoir partir… »

Il importe peu au bout de la formidable épopée qu’il ne soit pas parvenu à remporter un titre majeur malgré trois finales de Coupe de la Ligue et une finale européenne en EHF car s’il faut dresser un bilan la réalité inspire le respect puisque le club varois est devenu une valeur sûre et saine de notre élite. Pourquoi, donc, alors Jean-François Krakowski a-t-il souhaité interrompre l’aventure ? « La trace qu’on laisse ne se mesure pas à une colonne de chiffres ou à un palmarès. Je préfère qu’elle reste dans l’esprit de ceux qui ont participé et vécu ce parcours. On ne marque pas l’histoire parce que l’on reste président à vie. Cela n’a jamais été un but que je poursuivais. Il ne faut surtout pas croire, dans ce rôle, que l’on détient toutes les clés et toutes les vérités. Il faut savoir partir, passer la main aux plus jeunes générations, probablement plus imaginatives dans ce monde professionnel. »

L’évolution de son sport, ses nouveaux fonctionnements l’ont longuement fait réfléchir puis mûrir sa décision. « J’ai connu le temps où on fabriquait avec des bouts de ficelle, où l’argent avait peu de prise sur la pratique et les esprits. Aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que l’amour du maillot n’existe plus vraiment. Le plus dérangeant, je le retrouve dans les attitudes des jeunes qui cherchent d’abord à recevoir plutôt qu’à donner. Je me dis que dans ce contexte je ne suis plus à ma place, que des gens bien plus compétents que moi sont capables de dominer toutes ces nouvelles conditions. »

Jean-François Krakowski ne se retire pas aigri, il s’en va riche de belles et fidèles rencontres avec Alain Poncet, Philippe Bernat-Salles, Etienne Capon, parmi tant d’autres, et cette amitié toujours très forte avec Thierry Dentz, l’arbitre disparu prématurément « qui me manque terriblement. » 

Il s’en va dignement mais reviendra dans la salle qui porte son nom soutenir son fils, Nicolas, tout en restant le premier ambassadeur d’un club qu’il a bâti de ses mains.