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Sassi Boultif : "Pour ma première avec les pros, je défends sur Daniel Narcisse..."

09 juin
Entretien
Après avoir porté les couleurs de six clubs français différents, en Lidl Starligue et en Proligue, l'arrière gauche algérien Sassi Boultif a tiré sa révérence il y a quelques semaines. L'occasion de revenir sur les grandes dates de sa carrière.

Ma première licence

"Je devais avoir huit ans, c’était au club de Saint-Louis, dans le Haut-Rhin. Pendant une séance de sports, on s’entrainait à lancer des balles de tennis, et c’est vrai que je lançais assez loin (rires). Le directeur de l’école de mon époque, m’a demandé de venir au hand le mercredi d’après. Et quand le directeur te demande, t’as un peu l’impression qu’il te l’impose. Alors le mercredi matin suivant, j’étais au gymnase, et je n’en suis pas reparti."

Mon premier match avec les pros

"C’était contre Chambéry, je devais avoir 16 ans et je jouais à Sélestat. Ils venaient d’être champions de France, ils arrivaient avec la grosse équipe, et nous, on venait de changer d’entraineur. François Berthier avait remplacé Alain Quintallet, et il avait décidé de nous intégrer. Je me souviens que j’avais fait un bon match, 4/9 au shoot ou un truc comme ça. J’avais même défendu sur Daniel Narcisse. Bon, il m’avait bien sûr passé sa spéciale, mais franchement, j’avais fait un bon match. Je me souviens, après ce match, il y avait plein de journalistes qui m’appelaient, c’était un peu n’importe quoi. Et le samedi après, on jouait à Nîmes, j’étais entré, j’avais fait le foufou, François Berthier m’avait direct remis sur le banc et m’avait dit de garder les pieds sur terre."

Mon premier contrat pro

"Là aussi, à Sélestat, même si c’était juste un contrat semi-pro. Je me souviens que François Berthier était venu chez moi avec le directeur du centre de formation. A l’époque, je n’y connaissais pas grand chose au hand, et que les mecs vienne directement chez moi, j’étais un peu sous le choc. Ca coincide, en termes de timing, avec ma première convocation avec l’équipe d’Algérie espoirs. J’étais un peu dans mon monde à l’époque, je ne réalisais pas tout ce que ça voulait dire."

Mon premier trophée

"C’était avec Villefranche sur Saone, où j’ai joué après avoir quitté Selestat. On jouait en deuxième division avec une équipe de folie, Cédric Paty, Matthieu Drouhin, Aziz Benkhala, on était entrainé par Milorad Davidovic. Et un site internet s’amusait à classer les équipes, avant le début de la saison, en fonction la place où on devait finir, et on avait été classés dans les derniers. Mais Milorad avait créé une équipe hors normes, on avait fait une saison pleine et on finit champion de D2."

L’entraineur qui m’a le plus marqué

"Milorad Davidovic m’a énormément apporté, il m’a beaucoup fait progresser. Il était sévère, mais juste et droit. Au moins, tu savais où tu allais, quand tu prenais une soufflante c’était mérité et tu savais pourquoi. Mais tous les autres m’ont également apporté. Eric Forets, à Valence, a réussi à me gérer, à me donner beaucoup de responsabilités. Il m’a beaucoup aidé pour passer mes diplômes, il a énormément de qualités, pour moi il est sous-côté parce qu’il a commencé à entrainer en N2, mais il a les moyens d’entrainer dans l’élite."

L’adversaire le plus difficile

"Quand j’ai commencé, Greg Anquetil jouait au MHB, et moi et Rock Feliho on défendait à l’aile parce qu’on manquait un peu de tout pour défendre arrière. Donc on se retrouvait face à Anquetil. La première fois, Davidovic nous explique bien que Anquetil, il va faire son un contre un extérieur intérieur, et qu’on est des jeunes, donc il va le tenter. Et genre, dans les dix premières minutes, direct, Rock se fait passer. Davidovic me dit de rentrer, ok pas de problèmes. Alors je me concentre pour qu’Anquetil ne reçoive pas le ballon. Bon, à un moment, il y a arrive, je suis bien concentré pourtant, mais bam je prends son un contre un. A l’époque, c’était vraiment un joueur impressionnant."

Le coéquipier le plus fort

"Je dirais Luc Steins, que j’ai croisé à Tremblay, le mec est une bête de professionnalisme, il travaille plus que les autres, tout le temps. Je me souviens, le coach nous rassemblait au début de l’entrainement et on avait cinq minutes pour se mettre en route. Moi je galérais pour trottiner, lui il tapait ses aller-retours, limite en sprint, deux minutes après le début de la séance. Ce genre de mecs, c’est un exemple pour tous les jeunes. J’aussi beaucoup apprécié Robert Lys, que j’ai cotoyé à Istres : un vrai patron de défense qui m’a énormément apporté."

Mon meilleur ami dans le hand

"J’ai rencontré beaucoup de gens très bien, avec qui j’ai adoré passer quelques moments. J’ai beaucoup partagé avec Rock Feliho, on était vraiment proche à l’époque de Selestat et de Villefranche. On ne s'appelle pas tous les jours, mais c'est vraiment quelqu'un que j'apprécie beaucoup."

Mon meilleur souvenir

"Quand j’ai gagné la coupe d’Afrique des nations en 2014 avec l’Algérie à domicile. Gagner la CAN dans ton pays, c’est quand même un truc de fou. Je me souviens ma mère et mes frères étaient venus de France, toute ma famille était venue du petit village en Algérie d’où elle vient pour assister au match. C’était un moment énorme, une ambiance de folie, ça restera gravé à jamais."

Mon pire moment

"La descente de Istres en 2012, en plus je quittais le club pour Cesson l’été suivant. On avait eu pas mal de changements dans le club cette saison là, ça avait été une saison galère et on joue le maintien à Ivry. Et on fait match nul sur un penalty dans la dernière minute, je me souviens que je prends un tir à quinze mètres à la dernière seconde…Laisser le club en seconde division avant de partir, alors qu’Istres m’avait énormément fait grandir, à l’époque, j’étais pas bien."

Des regrets ?

"Franchement, aucun. Si on m’avait dit que j’aurais une telle carrière, j’aurais dit que c’était possible, je savais que j’avais des capacités, mais il a fallu beaucoup bosser. Je viens d’une famille pas aisée, ma maman ne bossait pas, et quand je suis parti, j’ai senti les attentes de tout le monde, et je me suis mis en tête de tout faire pour y arriver. Ma mère me disait souvent que le sport allait finir par me tuer, mais ça va, ça s’est bien fini !"

Ma décision d’arrêter

"Quand je suis parti de Tremblay, et que j’ai signé à Valence, je savais que j’avais encore deux ans, maximum trois, dans les pattes. J’ai l’impression d’avoir fait le tour, j’ai gagné des titres, j’ai rempli ma vitrine, et ça ne sert à rien de continuer pour forcer et faire une saison de plus pour dire que je n’arrête pas. Je crois que c’est le moment de rendre au handball ce qu’il m’a donné."

La suite…

"Je vais entrainer Saint-Affrique, qui évolue actuellement en pré-nationale. Certains ont été un peu choqué, en me disant que j’allais entrainer à un niveau amateur et que je pouvais viser plus haut. Mais j’ai toujours eu les pieds sur terre, je ne suis personne pour entrainer en Proligue directement, j’ai envie de prendre mon temps et d’apprendre le métier tranquillement. Le handball amateur mérite qu’on lui apporte quelque chose, le club de Saint-Affrique a un beau projet, j’ai eu un très bon contact avec les dirigeants, et j’ai désormais envie de rendre au handball tout ce qu’il m’a apporté."

Kevin Domas