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Denis Lathoud et ça repart…

17 avril
Laurent Moisset raconte
A Strasbourg la saison prochaine, le Champion du Monde 1995 va retrouver un cadre propice à la mise en place de ses idées.

Un matin on se lève et on ne trouve aucun débouché à l’horizon. Ce matin-là obscurcit forcément la pensée quand la triste banalité d’une situation ne dégage plus la moindre perspective. Denis Lathoud s’est retrouvé régulièrement dans cette pose ces derniers mois, le pinceau arrêté sur un tableau horriblement figé, la même musique intérieure régulant un moral en berne.

« Tu te lèves, tu tournes en rond et les mêmes mots reviennent en effet. J’ai 53 ans, pas de boulot, pas d’appel mais c’est quoi cette vie ? »  Une petite lumière, toujours, le rapproche pourtant de la sortie du labyrinthe. Cette foi en lui comme il dit. Cette envie qui l’accroche plus que jamais à une passion sous la forme d’une petite balle ronde et qui, soudainement, libère la parole. « Faire dix heures de bus pour aller disputer un match, c’est tout ce qui me manque », sourit-il.

Raconter le parcours du « Grand », c’est répertorier une succession de mésaventures dont il a été l’acteur malgré lui. Victime de ses joueurs et de son président en 2014 à Dijon après avoir, avec des bouts de ficelle, reconstitué une corde solide en assurant un temps la remontée en première division, d’une guerre d’égos à l’Espérance de Tunis en 2017 malgré une Super Coupe d’Afrique, deux titres de Champions et deux défaites en finale de la ligue des Champions africaine.

À l'issue de la saison 2014-2015 et après 7 saisons et demi sur le banc dijonnais, Denis Lathoud a été remplacé par Jackson Richardson.

« C’est comme dans la vie : on fait avec ce qu’on a. »

« Dans le premier cas, j’aurais maintenu Dijon parmi l’élite si on ne m’avait pas remercié. Dans le second, on aurait décroché la Ligue des Champions d'Afrique. Malheureusement, la compétition et le sport sont souvent pollués par des événements en interne. » Denis Lathoud a accepté cette fatalité sans jamais se plaindre. De la même manière qu’il n’a jamais considéré qu’un statut ouvrirait des portes quand on a été le meilleur joueur de sa génération et le porte-drapeau d’une équipe de France révélée au monde au début des années 1990. Denis Lathoud n’est pas un politique, un adroit diplomate quand il s’agit de planifier une carrière. Comme le joueur qu’il était, l’entraîneur agit à l’instinct, au feeling, à la relation humaine, des leviers qui ont fait leurs preuves dans le petit monde du handball vantant ses mérites quand il écrivait les miracles à Dijon.

« Pas une seule de mes missions ne m’a pesé. J’ai pris du plaisir partout. On se rassemble toujours autour du jeu. Installer un projet de jeu, donner un style à son équipe en fonction des qualités de son effectif, il n’y a rien de plus passionnant. C’est peut-être pour cela que je n’ai jamais rêvé d’une grande équipe, de gros moyens. C’est un peu comme dans la vie, on fait avec ce que l’on a. »

Denis Lathoud veut grandir avec Strasbourg

Qui, plus que lui, a collé à cette réalité de notre temps ? N’est-ce pas, finalement, ce qui a incité les dirigeants strasbourgeois à lui confier, la saison prochaine, la responsabilité de leur équipe première ? Pour un peu, on le prendrait donc pour le roi de la bricole alors que, paradoxalement, Daniel Costantini, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France, le porte en très haute estime. « Lors de son exposé lors de l’examen pour devenir entraîneur, je n’avais jamais entendu un discours aussi impressionnant que le sien ce jour-là. Denis, cela fait des lustres qu’il a tout compris du handball. » Strasbourg n’a, assurément, pas fait appel à un pompier de service, le club alsacien s’est adressé à un spécialiste, animé d’une foi inébranlable et d’une passion rare pour le jeu. Il n’attend pas son entrée en fonction le 1er juillet prochain pour scruter l’horizon, prendre la température du club, de la région et les idées ne manquent pas.

« Il y a toute une synergie à mettre en place. Strasbourg a un pôle de première qualité mais les jeunes s’en vont ailleurs. A l’avenir nous devrons être en mesure de leur proposer un vrai projet. On doit donc se structurer mais il y a un vrai potentiel économique et sportif ici. Je pense à Nantes parti en Proligue il y a 10 ans avec 850 000 euros de budget, finaliste de la Ligue des Champions la saison dernière. Strasbourg et Nantes sont des villes à dimension équivalente, donc les projets peuvent se retrouver. La ville est derrière ses clubs. Le Rhénus va être rénové et agrandi. Le club doit suivre la même voie, en vérité. Pourquoi ne devrait-on pas être ambitieux ? C’est un travail de patience mais tellement passionnant. »

Chaque matin quand Denis Lathoud va se lever, son horizon ne sera plus obscurci par de mauvaises pensées. Enfin…

L.M.
Crédit photos S.Pillaud

PROLIGUE
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