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Limoges, croissance XXL

13 mai
L'amour du club
Dernier né du handball professionnel, dernier arrivé en Lidl Starligue, le LH 87 poursuit un parcours hors du commun.

La volonté des hommes est sans limite quand la passion et la conviction accompagnent leurs actes. En 2006, Henri Normand, président de la Ligue du Limousin, guidé par le projet de faire émerger un club de haut niveau dans la région réussit la fusion entre le Capo et l’ASPTT Limoges. La nouvelle structure sous la présidence d’Alain Aubard effectue ses premiers pas en Nationale 2. « Henri a été un pionnier, se souvient le dirigeant, mais il n’y avait aucune folie des grandeurs dans son initiative. L’idée était d’atteindre la Nationale 1 et de s’y maintenir tout en affirmant notre identité. »

L’objectif est atteint deux ans plus tard. L’énergie et l’enthousiasme mènent, en 2015, le LH en Pro D2 au fil d’un parcours qui, finalement, n’était pas prévu.

Comme les Harlem Globe trotters !

Les débuts dans le monde professionnel sont folkloriques. La salle Henri Normand est, alors, en construction et donc indisponible pour les six premiers mois de la saison et le LH condamné à délocaliser ses matches dans la région, parfois jusqu’à trois quarts d’heure de Limoges. Aixe-sur-Vienne, Saint-Junien, Saint-Yrieix-la-Perche seront certains de ses points de chute. Un déménagement bi-mensuel qui rappelle beaucoup de souvenirs à Gatien Cantin, ancien joueur de l’ASPTT et cheville ouvrière, aujourd’hui du club. « On partait avec deux semi-remorques et tout notre matériel afin d’aller installer la salle. On était, en quelque sorte, des Harlem Globe trotters. » Itinérants du spectacle, c’est, paradoxalement, durant cette période que le LH 87 va conquérir et fidéliser un public dans une région où, pourtant, le CSP Limoges est une référence unique et historique en matière de sport de haut niveau. En cette fin de saison 2015-2016, c’est à Beaublanc, dans l’antre du basket, que le LH organise le play down de Pro D2 et qu’il va sauver sa tête devant plus de 2000 spectateurs.

L’événement est majeur dans la jeune histoire du club limougeaud. Il pointe l’intérêt naissant du public et définit très rapidement chez les dirigeants le projet d’un développement nouveau. « Ici, remarque Gatien Cantin, le club de basket est une fierté locale et le sang vert coule dans les veines des socios. Le handball n’a pas cette renommée, ce pouvoir d’attraction. Il fallait donc que nous soyons en mesure d’offrir autre chose, un nouveau concept où la famille, la convivialité seraient au cœur de notre proposition. »

En remplissant pour une grande première le Zénith en décembre 2017 (4200 personnes), en garantissant un spectacle autour du match, Limoges gagne son pari et il obtiendra le même succès en renouvelant régulièrement l’expérience. « L’année dernière, rappelle Alain Aubard, on a fait venir Black M, on a attiré les jeunes et ils reviennent. L’objectif est d’attirer des gens qui ne connaissent pas le handball. Les différentes opérations menées ont porté leur fruit. »

La preuve, à mi-saison et l’utilisation à trois reprises de Beaublanc (4500 spectateurs à chaque fois !) ; le LH 87 est la cinquième affluence de l’élite Lidl Starligue et Proligue confondues.

Le 20 décembre 2019 dans le cadre de la 13ème journée de Proligue, Limoges a reçu Strasbourg au Zénith devant plus de 4300 personnes.

Le contrat de confiance

La réussite du club ne s’explique pas seulement grâce au soutien populaire. Elle repose parallèlement sur un modèle économique finement pensé. Au soir de la montée en Pro D2, l’idée n’est pas de stabiliser sportivement le projet en passant par un recrutement haut de gamme. « On souhaitait être solide économiquement, se souvient Alain Aubard. On a donc mis les moyens sur le marketing, le commercial. »

Parti en Pro D2 avec une dizaine de partenaires, ils sont cent cinquante la saison suivante, trois cent cinquante cette saison. « C’est un réseau qui s’est installé naturellement, reprend le président. Les entrepreneurs se rencontrent et échangent. On organise également des événements hors matches. La convivialité guide toutes ces actions. »

La crise du coronavirus et les craintes d’une récession économique ne semblent pas d’ailleurs devoir impacter l’avenir du club. La saison prochaine, le montant de l’engagement des entreprises adhérentes n’augmentera pas, par exemple, sous prétexte de la montée en Lidl Starligue alors qu’elles profiteront, en revanche, d’une plus grande visibilité avec les retransmissions télévisées. C’est d’ailleurs à ce niveau que l’on mesure la solidité du modèle économique puisqu’en moyenne chaque partenaire s’engage à hauteur de 4000 euros par an.

Le pari de Beaublanc

Tous les voyants sont au vert si l’on considère encore que depuis trois ans, chaque année l’apport des partenariats augmente de 300 000 euros et que, désormais, le LH 87 se suffit à lui-même puisque seulement 13% du budget provient des aides municipales et régionales. Une réussite éclair qui ne devrait pas se démentir la saison prochaine au cours de laquelle le handball devrait partager Beaublanc avec le CSP et générer de nouvelles ressources. Le sujet est actuellement débattu avec la Mairie et le CSP. « C’est vrai, reconnaît Gatien Cantin, qu’il existe encore des problèmes techniques concernant le démontage et remontage du parquet, opérations qui prennent du temps et pénalisent le CSP qui s’entraîne dans la salle. Mais nous évaluons toutes les possibilités afin de résoudre cette question. »

Si le problème est réglé en bonne intelligence, le LH 87 pourrait y disputer ses quinze matches de Lidl Starligue et, donc, franchir un nouveau cap. Et s’installer durablement dans le paysage du handball français après, seulement, quatorze années d’existence.

L.M.
Crédit photos Armaphotos

Proligue