Patrice Annonay: "Thierry Omeyer, c'était The Wall"

10 juin
Dans les souvenirs de...
Alors qu'il a décidé de raccrocher les baskets à 42 ans, Patrice Annonay revient sur sa longue carrière et sur les nouveaux défis qui s'offrent à lui.

Ma première licence

"C’était en Martinique, au RC Lorrain. Je devais avoir huit ou neuf ans. Je suis allé vers le handball car chez nous, c’est le premier sport scolaire, tout simplement. En plus on avait un terrain de handball dans la cour de l’école. A la récré, c’était hand, c’était pas foot. (sourire) On avait en plus un prof amoureux de ce sport, qui nous a fait venir petit à petit, d’abord à l’UNSS, puis très vite au club de la commune.

Sur le poste, je suis allé directement dans le but. J’ai essayé un peu le terrain, mais j’était un peu fainéant je crois. J’avais du mal à replier. (rires) Mais dans la cage, j’étais beaucoup plus courageux que les copains. J’étais plus à aller vers la balle, plutôt que de me mettre en protection. Et puis j’aimais bien ce côté "dernier rempart". (sourire)"

Mes premiers pas en métropole

"En septembre 1998. On venait d’être champions du monde, c’est facile. (rires) Je suis arrivé avec Yves-André Paschal (le père de Drevy, le joueur de Saint-Raphaël, ndlr) à Angers, pour les débuts du centre de formation du club, où il y avait aussi Betrand Roiné. Nous étions un peu de pionniers puisque c’est à partir de là qu’a été ouverte la filière antillaise, avec les Cédric Sorhaindo, Teddy Poulain et tous les autres. Partir de Martinique n’a pas été un choix facile, mais nous voulions progresser, et c’est devenu une chance pour nous. A l'époque, je commençais à regarder des cassettes vidéo de match, comme Montpellier-Toulouse en finale de Coupe de France. Et avec les potes, ont s’est mis à rêver de faire ça nous aussi, un peu par mimétisme. Il faut savoir qu’il n’y avait pas encore de pôle, il a été créé une année après. D’ailleurs, je voudrais préciser que tout ça a été rendu possible par M. Patrick Lecroq, qui n’est plus de ce monde. J’ai une grosse pensée pour lui car il a été visionnaire sur le handball en Martinique et il a créé cette passerelle avec la métropole. C’est lui qui a permis de réaliser nos rêves."

Archives Ouest-France

Mon premier match avec les pros

"C’était avec Angers, je pense que c’était face à Bordeaux. J’avais à la fois de la fierté, de l’appréhension et une grosse envie de bien faire. Mais j’étais bien entouré à Angers, avec une belle équipe de cadres. Les vieux de la viellle étaient là: il ne fallait pas trop moufter, juste faire son taff. Mais, à l’époque, le mercredi c’était souvent opposition jeunes contre vieux et ça se bagarrait pas mal. C’était bénéfique car on poussait les vieux à se dépasser, et nous aussi ça nous tirait vers le haut."

Mon premier contrat pro

"Sur la saison 2000/2001. J’avais une belle fierté car j’avais fait un beau parcours au club. En plus cette saison-là, j’avais été sélectionné en équipe de France A’, il y avait une double fierté. Ca récompensait tout le travail effectué, depuis la Martinique jusqu’à Angers. Bon, je ne pensais pas forcément faire vingt ans de carrière derrière. (rires)"

Mon entraîneur le plus marquant

"C’est dur ça ! (rires) Je vais en citer trois. Il y a déjà Laurent Sorin, car c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier à Angers. Il a cru en moi, il m’a façonné. Ensuite, je vais mettre Thierry Anti. Il m’a aussi fait confiance sur beaucoup de choses, même si ça n’était pas facile au départ. Quand je suis arrivé à Paris, c’était une nouvelle étape dans ma carrière, je voulais jouer la Ligue des champions. Et enfin, Benjamin Braux, que j’ai côtoyé à Tremblay, pour la relation humaine."

Mon coéquipier le plus fort

"Thierry Omeyer. Je n’ai jamais eu une concurrence aussi forte qu’avec lui. C’est le mur quoi, « The Wall ». (rires). C’était le professionnalisme exacerbé, il ne voulait jamais perdre, quelque soit le jeu. Quelque-part, ça a été une chance de l’avoir connu d’aussi près. J’ai pu l’observer, essayer d'analyser pourquoi il était aussi bon. Sur mon poste, c’est le plus fort. Après, sur le terrain, il y a Mikkel Hansen, mais je vais dire Cedric Sorhaindo. Même si je n’ai pas joué longtemps vec lui, je voudrais le mettre pour tout ce qu’il représente, le joueur qu’il est, les épreuves qu’il a traversées. Il y a une dimension mentale indéniable chez lui."

L'adversaire le plus difficile à affronter

"Je vais dire Mikkel Hansen. A l’entraînement, j’ai mis beaucoup de temps à m’adapter à sa façon de tirer. Ca a été une richesse pour moi de l’avoir tous les jours. Il fallait être concentré en permanence."

Mon meilleur ami dans le handball

"J’en ai tellement ! Je vais dire que mon meilleur ami, c’est le fait de ne pas avoir d’ennemis. (rires) Je ne veux pas en mettre un plus que les autres en avant. Là, je vais finir ma carrière, et je sais que je peux aller en vacances un peu partout dans le monde. Si je vais en Croatie, j’aurais Igor Vori, si je vais en Islande, j’aurais Robert Gunnarsson, en Espagne, il y aura Sierra, je peux aussi aller chez Portela au Portugal. J’en ai partout en fait. (rires)"

Mon adversaire préféré

"Montpellier. Ce sont toujours des matches excitants à jouer, de l’entraîneur aux joueurs sur le terrain. Ca a a toujours été le cas. Quand on aime de façon viscérale son club et qu’on joue à Paris, c'est obligé. Et j’aurais réussi à glaner quelques titres face à eux, dont un Final4 mémorable à Pau, en Coupe de la Ligue (en 2007, ndlr). C’était vraiment des matches sympas à jouer, c’était la guerre."

Mon meilleur souvenir

"C’est l’arrêt de la gagne que je fais lors de la saison 2011/2012, face à Dunkerque (26-25), qui nous permet de nous maintenir et au projet qatarien de se concrétiser. Il y avait énormément de stress autour de ce match là. Les dossiers étaient ficelés, mais il fallait que l’on reste en Division 1. On venait de monter avec les Nicolas Claire, Saïd Ouksir, Kevynn Nyokas, etc. Et même si nos chemins étaient programmés pour se séparer en fin de saison, on a réussi à créer une union sacrée autour de ce projet qui allait éclore. C’était un vrai soulagement à l’époque, notre partie du boulot était faite, et on avait transmis pas mal d’espoirs à plein de gens."

Mon pire souvenir

"Je vais faire rire les gens. (rires) Je vais aussi me faire taper sur les doigts. Mais mon pire souvenir, c’est quand la saison passée, j’ai fait la vaisselle, j’ai cassé une assiette et je me suis sectionné un tendon de la main. Ca m’a fait raté la fin des maches aller à cause de la vaisselle. Ce n’est pas un souvenir handball, car au final, il faut savoir perdre les matches. C’est plus ce truc où je me suis senti vraiment con."

Un regret ?

"Il y a en deux: l’équipe de France et ne pas être parti à l’étranger. Après, sur ce point, je peux dire que j’ai vu l’étranger venir à moi au PSG. (rires) Ca m’aura permis d’entrevoir d’autres cultures handballistiques. Sur l’équipe de France, j’ai été proche à plusieurs reprises, mais il y avait Le Mur qui était là. (rires) On est une génération de mecs nés entre 1977 et 1985, et ça ne bougeait pas trop. On devait se battre pour la 2e ou la 3e place. C’est comme ça. (sourire)"

Ma décision d'arrêter

"J’ai choisi d’arrêter car on me propose une reconversion que je ne peux pas refuser. Il y a aussi des raisons privées et familiales. Je pense que j’avais la capacité de continuer, j’avais d’ailleurs des opportunités à Angers, pour boucler la boucle, et il y avait aussi un bon projet à Bordeaux, pour suivre Jean-Paul Onillon et Philippe Gardent qui, je pense, m’a appelé tous les jours pendant un long moment. Entre décembre et janvier, mon cerveau a pas mal fumé. (rires) Mais c’est le moment, il faut le reconnaître, j’ai de belles choses à écrire pour la suite."

La suite

"Je vais devenir entraîneur des gardiens de but à Tremblay, mais aussi au pôle d’Eaubonne et avec l’équipe de France U18/U19. Il y a tout à faire, c’est un poste nouveau et j’ai pas mal d’idées déjà. J’ai envie de rendre ce qu’on m’a donné. C’est un poste que je n’ai pas connu, je trouve ça excitant de défricher un domaine comme ça. Cela fait trois ans que je me bats à Tremblay avec cette idée, et j’ai trouvé en Joël Da Silva quelqu’un de réceptif. Le poste de gardien est un poste spécifique, un poste à haute responsabilité et il faut un entraîneur spécifique pour optimiser au mieux ses performances. J’ai vraiment hâte de commencer à m’exprimer dans cette nouvelle vie. Je vais passer du plus vieux joueur de la Lidl Starligue au petit jeune dans le monde de l’entraînement. (sourire)"

Benoît Conta